Halloween

24/09/2008 02:21 par happy-halloween

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    24/09/2008 02:21 par happy-halloween

Bricolage pour adultes : Le corps carbonisé !

17/09/2008 02:11 par happy-halloween

  • Bricolage pour adultes : Le corps carbonisé !

    Bricolage pour adultes : Le corps carbonisé !

    17/09/2008 02:11 par happy-halloween

Réaliser un corps carbonisé

Matériel :

- Un squelette de base pour études

- Une bombe de mousse isolante

- Du latex liquide

- Bombes de peinture noire

- Bombes de peinture ultra-brillante rouge vif

- Un peu de peinture acrylique noire

- Un peu de peinture acrylique brune

- Des vieux pinceaux de différentes tailles

- Des gants en caoutchouc

- Un ventilateur pour accélèrer le séchage

- Un local bien aéré

- Du temps et de la patience et le tour est joué

Réalisation

1 ère étape

- Enfiler de vieux vêtements, protéger le sol avec du papier journal.

- Suspendre votre squelette afin qu'il soit bien fixé.

- Mettre une petite cale dans la bouche pour que les mâchoires restent fixées.

- Appliquer une mince couche de mousse isolante sur toutes les parties du squelette directement avec la bombe. Puis mettre les gants pour faire à la main les petits coins et recoins. Attention cette mousse est très collante, mais peut-être enlevée avec de l'acétone.

- Laisser sècher complètement votre squelette, il doit être sec au toucher pour la suite de la réalisation.

2 ème étape

- Dans un local bien aéré, appliquer plusieurs couches de latex à l'aide d'un vieux pinceau, le latex aura pour effet de durcir et d'unifier le tout en le teintant.

Si vous en mettez trop à la fois, vous aurez des gouttes voir des glaçons qui se formeront.

Laisser à nouveau sècher complètement.

3 ème étape

- Tout d'abord utiliser les bombes de peintures noires pour sprayer tout  l'intérieur du squelette, n'oubliez pas les petits recoins. Puis la colonne vertébrale ainsi que les joints et les orbites.

- Protéger les dents de squelette en collant du ruban adhésif de carrossier.

- Puis laisser sècher complètement.

4 ème étape

- Passons maintenant au rouge vif ultra-brillant afin de donner ce petit côté sanglant à notre squelette.

-Pulvériser le reste du squelette, ce n'est pas grave si le rouge chevauche un peu le noir, mais évitez les zones peintes en noir.

- Sècher à nouveau complètement avant de continuer.

                    

5 ème étape

La peinture acrylique

- Prendre la peinture noire acrylique.

- Un pinceau plus large que vous balayerez en surface afin que les creux restent rouge comme images ci-dessous.

6 ème étape

Les finitions

- Prendre la peinture acrylique brune et l'étendre en fine couche ce qui aura pour effet d'accentuer les parties du corps suivantes :

- Le nez

- Le front

- Les côtes

- La colonne vertébrale

- Les hanches

 

 

  A vous maintenant d'élaborer une petite mise en scène, effet saisissant garanti.

Ambiance déco !

16/09/2008 23:11 par happy-halloween

  • Ambiance déco !

    Ambiance déco !

    16/09/2008 23:11 par happy-halloween

Les bocaux du savant fou

Le squelette :

- Choisissez de préférence un bocal carré avec un verre inégal ce qui donnera un petit côté troublant au regard.

- Un petit squelette en plastic que vous insérerez à l'intérieur, n'hésitez pas à le mettre dans une position inconfortable voir tordue. Donnez lui l'air vraiment pitoyable !

- Du papier vieilli pour faire une jolie étiquette style ancien, pour plus de réalisme rédigez la avec une vieille machine à écrire.

Idée d'étiquette :

Rétrécissement humain : Expérience no 13

Mâle âgé de 23 ans a survécu durant 8 mn 9 sec.

Inconnu Hybride specimen :

- Un bocal à cornichons fera l'affaire, peindre le couvercle en noir. Recouvrir de ficelle

- Un jouet genre pieuvre en plastic dur, car plongé dans l'eau il va se dilater et les tentacules vont se développer.

- Ajoutez une goutte de colorant alimentaire vert pour donner cette couleur de test de laboratoire.

Idée d'étiquette :

Inconnu hybride specimen, Rhytididae Cephalopodiae, saumur. Crocs.

Modèle inconnu découvert :

- Un bocal en forme de bouteille. Peindre le couvercle en noir, le recouvrir de ficelle.

- Un serpent en plastic que vous aurez au préalable fendu en deux endroits afin de donner une impression de décomposition.

- Quelques grains de café instantané pour donner à l'eau une couleur brunâtre, ou une cuillère de café.

Idée d'étiquette :

Haïti 1895. Specimen extrait de la cage thoracique récupéré sur un cadavre en décomposition. A la sortie du corps l'hôte n'était plus viable.

Conseil :

Si vos bocaux sont prévus d'être conservés à long terme, nous vous conseillons d'ajouter à l'eau un désinfectant afin d'éviter une croissance de bactéries. Un produit de ménage désinfectant suffit.

Faites travailler votre imagination et créez d'autres bocaux avec des araignées, des yeux etc...

Effets saisissants garantis !

Histoire : La pierre !

16/09/2008 03:52 par happy-halloween

  • Histoire : La pierre !

    Histoire : La pierre !

    16/09/2008 03:52 par happy-halloween

La pierre

Un soir d’hiver, en Alsace …C’est carnaval, tout le monde fait la fête, on boit, la bière coule à flots… Des hommes sortent d’un bar, rient, on entend leurs éclats de voix jusque sous les fourrés du bois voisin, où des amoureux ont trouvé refuge…

Deux jeunes cadres sont en séminaire dans une ville d’Alsace. L’une de celle qui borde la frontière, et où l’on ne sait pas trop si l’on est en France, où déjà en Allemagne. C’est carnaval. Il y a bal dans la rue. Les bistros sont pleins à craquer de lampions, de bières, de filles et de farandoles joyeuses. Il est minuit passé. Les deux hommes sortent de la dernière “Bierstube” et ont le vin plutôt mauvais. A cause d’une fille sûrement. Ils s’insultent. Se bourrent les côtes, rient grassement, jouent à se faire tomber. Se rattrapent, et pour finir, s’enfoncent dans la forêt toute proche, une canette à moitié pleine encore à la main. Ceux qui les croisent ne remarquent rien. Ils sont aussi bourrés qu’eux ! Près d’un torrent qui rugit, ils hurlent encore plus fort. Ils se battent, pour rire. .

Un des deux hommes tombe à terre.

Malencontreusement. Sur une pierre pas plus grosse qu’un melon. L’autre lui bourre les côtes de coups, pour qu’il se relève. Mais le comparse reste aussi inanimé qu’un vulgaire sac de patates. Une dernière bordée d’injures ne le ramène pas à la vie. Alors, l’autre s’affole, tout gris qu’il est. “Merde, relève toi, putain ! C’est quand même pas une saleté de pierre qui t’a fracassé le crâne, fais pas le con !” Dans les brumes de l’alcool, le type secoue son copain. Mais rien n’y fait. Alors, il s’affole, pour de bon : “ et s’il était vraiment mort ? Il faut pas qu’on le voit ! Il faut que je traîne ce satané corps dans l’épaisseur de la forêt, pour le dissimuler provisoirement aux regards”. La nuit est noire et plutôt frisquette. Peut être n’est-il qu’ évanoui, se dit-il, dans un ultime espoir. Le froid va le réveiller.

L’homme part en jurant. Il fait voler des cailloux avec ses pieds. La maison où ils habitent tous les deux avec les autres gens du groupe n’est pas loin. Au pied du château, qui étend sa grande ombre sur le village. Et dans le garage, il s’en souvient, il y a une pelle. Il l’a vue. Il suffit d’aller la chercher. Il y va. En trébuchant, certes, mais il y va. Aussi sûr que deux et deux font quatre.
C’est fou ce qu’on dessoûle vite dans ces cas là !

Muni de l’instrument, il retrouve le corps de son copain et, dans un dernier espoir, braque le jet de lumière de sa lampe de poche sur son visage maculé de terre. Le regard est déjà vitreux. “Merde, c’est pas Dieu possible, se dit-il, il est mort, tout ce qu’il y a de plus mort, il n’y a plus rien à faire !” Alors, il enterre le corps le plus profondément possible, en prenant bien soin de camoufler l’endroit sous des feuilles et des branches. Ni vu ni connu.

Le lendemain, Xavier ne refait pas surface. Tout le monde s’interroge sur son étrange absence et bientôt, sur sa disparition. La police, prévenue, enquête mollement. Mais enfin, trouve ça quand même un peu bizarre. Les flics se bougent un peu, interrogent. Mais tout le monde était passablement éméché. Et personne n’a rien remarqué, rien vu, rien entendu. Bref, Xavier D. reste introuvable. La police n’a aucune piste, aucun indice. Aussi, après avoir scrupuleusement interrogé les villageois et tous les témoins possibles, elle renvoie ses affaires à sa femme et classe le dossier.

Céline D. son épouse, avertie par téléphone, n’y comprend rien. Les parents de Xavier, des retraités bien sages, non plus. Stéphanie, cinq ans et Kevin, huit ans, asticotent leur mère de questions. Il habitent en région parisienne, un beau pavillon en pierres meulières donnant sur un jardinet, fermé par une grille en fer forgé noire. Céline tourne en rond dans sa chambre au joli papier peint fleuri. Elle a pris quelques jours de congé à la banque pour digérer le coup. Elle passe sa vie au téléphone, mais personne ne peut l’aider. Elle pleure, tempête, se révolte toute seule dans sa cuisine. Et n’admet pas. Pourquoi Xavier qui l’aime, qui adore ses enfants et son travail, où il est très bien noté ,soit dit en passant aurait-il ainsi subitement disparu, sans laisser de trace, sans rien dire à personne, sans prévenir ses collègues ? Ca n’a pas de sens ! Tout le monde en convient. La plaint sincèrement. Mais personne ne fait rien. Les semaines passent. Elle n’a plus de larmes pour pleurer et les factures qu’elle ne peut pas payer s’accumulent. Alors, elle vend ses titres. Toutes leurs économies. Et les semaines, puis les mois s’écoulent. Sans Xavier et sans aucune nouvelle de lui. Là-bas à K…, tout le monde a déjà oublié l’histoire.

Mais Céline n’arrive pas à se remettre de la disparition de son mari et reprend contact avec son entreprise, qui avait organisé le stage fatal. Elle réussit à retrouver la liste de tous les participants et leur envoie une lettre. Où elle leur demande de dire tout ce qu’ils savent de son mari. Au moins, tout ce dont ils se souviennent. Le moindre détail peut avoir son importance. Et elle va les voir, chacun leur tour. Prend des notes pour essayer de comprendre. Plusieurs mois passent. Enfin, elle retrouve Philippe, le seul stagiaire qu’elle n’a pas encore pu interroger. Il vit à New York, où il dirige une filiale du groupe.

Philippe, contacté par téléphone, reste d’abord pétrifié. Il faut qu’il réagisse et vite. Que la femme de son ami ait réussi à le retrouver, voilà une chose qu’il n’avait pas prévue. Il essaie de se reprendre, prend une voix neutre et lui donne des informations évasives. Mais la voix de Céline se fait insistante, elle est à New York et désire le rencontrer. Philippe desserre sa cravate et se racle la gorge. “Mais bien sûr, quand vous voulez, se surprend t-il à répondre” ! Et le soir même, elle est là devant sa porte, dans son salon, en petite robe noire, avec ses cheveux blonds sagement retenus. Il lui propose de prendre place sur le canapé, de se mettre à l’aise et lui offre une coupe de champagne. La situation est surréaliste. Elle est belle. Il lui ferait bien quelques avances, si ce n’était cette horrible sensation, ce malaise qui le submerge. L’affreuse image du visage de Xavier mordant la terre et son regard vitreux qui le fixe, il n’a pas pu oublier. La vision le poursuit, le harcèle. Il se sent si coupable ! Il ferait n’importe quoi pour l’aider, d’autant que la jeune femme lui semble plutôt désemparée. Elle est venue toute seule dans cette grande ville, dont elle ne parle pas la langue, pour retrouver la piste de son mari disparu. Il a pitié d’elle. Devant sa détresse, il lui propose de venir s’installer chez lui. Son vaste appartement est à elle. Ce sera toujours mieux que l’hôtel ! De plus, elle pourra lui parler de son mari disparu et cela la soulagera peut être. Ses enfants sont chez leur grand-mère ? Elle n’a donc aucun souci à se faire !

Céline n’est pas insensible au charme de Philippe. Elle accepte, contente de rencontrer, pour la première fois, une personne qui ne semble pas indifférente à son problème. Qui l’écoute, avec autre chose que de la politesse dans le regard. Mais Philippe lui, ne sait plus où il en est. La proposition qu’il vient de faire à Céline le terrifie, d’autant que la jeune femme est par ailleurs terriblement séduisante. Ne voila-t-il pas qu’il se sent attiré par la femme de celui qu’il a tué ? Mais Philippe et Céline se plaisent. Ils ont tous deux besoin de réconfort. Alors, ils cèdent à cette passion soudaine qui les submergent sans crier gare. D’autant plus facilement que Céline aussi a besoin d’oublier…

Depuis qu’elle connaît cette aventure sentimentale avec Philippe, Céline a le sentiment de revivre. De sortir enfin du cauchemar dans lequel l’a plongée la disparition subite de son mari. Et puis, New York lui plaît. C’est une ville tellement pleine de surprises et de vie. Si épique, si forte et aussi, si romantique ! Mais il lui faut s’arracher, revenir en France où ses enfants l’attendent. Elle part donc, mais reste en contact presque quotidien avec son amant. Céline retrouve son pavillon de meulières, son jardinet de banlieue propret et son travail à la banque. Philippe, par chance, doit venir à Paris rendre des comptes à sa direction sur les avancées commerciales de sa filiale. Et ne résiste pas au désir de retrouver Céline. C’est de nouveau le bonheur ! Ils décident de passer leurs prochaines vacances d’été ensemble dans le parc Yosemite, aux USA. Et, en septembre, n’y tiennent plus. Ils annoncent à la famille ébahie de Céline leur projet de se mettre en ménage.

Au début, c’est vrai, la mère de Céline est un peu réticente. Ses beaux parents, carrément choqués. Ils trouvent quand même que c’est un peu trop tôt. Il n’y a pas un an que Xavier a disparu ! L’enquête, plaide Roland, le père de Xavier, n’a peut être pas dit son dernier mot. Mais, renseignement pris, la police a bel et bien fermé le dossier et aucun nouvel indice ne permet de le rouvrir. Pour Céline, Xavier a disparu, probablement pour toujours. Peut être, a t-il voulu se refaire ailleurs une nouvelle vie ? La famille de Xavier n’en est pas convaincue, mais la mère de Céline s’incline devant le nouveau bonheur de sa fille.

Elle et ses enfants partent donc s’installer à New York. Céline loue son pavillon. Une nouvelle vie commence en Amérique. Les débuts sont grisants. Les enfants sont heureux de découvrir une nouvelle école. Céline nage dans le bonheur, d’autant que le salaire de Philippe lui permet un niveau de vie qu’elle n’avait jamais connu. Son ex mari, n’étant qu’un simple petit agent commercial. Elle aménage à son goût l’immense appartement de Philippe. Celui-ci lui permet d’organiser des petites fêtes pour se faire des amies et mieux s’intégrer dans sa nouvelle vie.

Heureuse, elle l’écrit à sa mère, à ses beaux-parents, tout en ajoutant, malgré tout, qu’elle ne peut oublier Xavier. Combien elle continue d’être hantée par sa disparition, qu’elle ne s’explique toujours pas. Et parle souvent à Philippe de son ex. Le savoir heureux, lui aussi, quelque part lui apporterait la quiétude qui lui manque, la rassurerait. Bref, la déculpabiliserait. Certes, ajoute-t-elle, il lui faudrait du temps pour accepter sa trahison, mais elle se réjouirait de le savoir en vie. Le problème est qu’elle s’en ouvre un peu trop souvent à son mari, au goût de celui-ci. D’ailleurs, il a le plus grand mal à vivre avec le portrait de Xavier sous son nez, dans le salon, et jusque dans sa chambre. Il le dit à Céline qui se fâche. Philippe argue qu’il ne supporte pas de vivre avec une tierce personne, un rival entre eux et que cela devient insupportable.

Heureusement, Céline tombe enceinte bien à propos. Sa grossesse est difficile, et elle doit veiller à ne pas se fatiguer. Ne pas s’énerver, rester calme. L’une de ses nouvelles amies, la femme du collaborateur le plus proche de Philippe, lui rend souvent visite. Les courses pour confectionner la garde-robe de Bébé, l’aménagement de sa chambre, lui font heureusement oublier Xavier et sa mystérieuse disparition. Les jumelles arrivent à point nommé pour mettre un comble au bonheur de Céline.


Les années passent. Les enfants grandissent et les jumelles vont bientôt fêter leur sixième anniversaire. De Xavier, hélas, toujours aucune trace. Il s’est volatilisé. Il paraît qu’il y en a comme ça plusieurs milliers par an, qui s’évaporent dans le néant, sans jamais refaire surface. Avec le temps, la disparition de Xavier a laissé un grand vide, une interrogation enfouie, mais qui fait toujours mal. Kévin et Stéphanie n’en parlent jamais. C’est tabou. Céline, elle, garde comme un flou au coeur. Elle le dit souvent à Philippe, sans se douter que, chaque fois qu’elle aborde le sujet, elle ravive un horrible souvenir qu’il préférerait oublier. Et relance sa terrible culpabilité. Il aimerait tellement confier cet insoutenable poids à quelqu’un. Avouer l’horreur, mais il ne peut pas. Parfois, le souvenir le hante à ce point qu’il n’a pas d’autre ressource que de plonger dans l’alcool. Pour oublier. Noyer sa honte et son remord. Il devient alors agressif et méchant. Sa femme lui apparaît comme celle par qui le mal arrive. C’est presque elle… la coupable ! Il doit lutter contre l’envie de la détester carrément, comme si au fond, il n’y avait pas d’autre issue. Elle qui est venue le relancer jusque chez lui, pour l’empêcher d’oublier. De vivre ! Et replonger continuellement le couteau dans la plaie.

Sur ces entrefaites, Philippe est muté à Paris, où il doit prendre la direction internationale du service export du groupe. Il accepte, dans l’espoir aussi que le déménagement, l’adaptation à une nouvelle vie dans un quartier charmant et romantique de la capitale, leur renouvellera les idées. Relancera leur amour, et qu’ils pourront repartir d’un bon pied. Tout se passe au début comme prévu et Philippe croit bénéficier d’une rémission. Il respire, se sent anesthésié, ne boit plus, semble de nouveau amoureux de sa femme. Bref, Céline a le sentiment que tout est redevenu comme avant. Mais le téléphone sonne. Elle décroche. Son ex belle-mère lui annonce que son mari, le père de Xavier, vient d’être emporté par un infarctus et qu’elle souhaiterait qu’elle vienne à son enterrement. “Après tout , il était quand même le grand-père de tes enfants”, croit-elle utile de rappeler. A ce titre, ce serait normal qu’elle, Céline et ses enfants, soient à l’enterrement du papa de Xavier. N’est ce pas ? Céline, évidemment accepte. En profite pour demander à sa belle-mère des nouvelles, savoir si Xavier n’aurait pas donné signe de vie à sa mère, entre temps. On ne sait jamais… un miracle !

Mais non, rien. Cela fait maintenant dix ans que Xavier a disparu. Céline décide de rendre visite à son ex belle-mère pour l’aider à organiser les funérailles et lui remonter le moral. Elle va la voir et bien sûr, la visite est terrible. Eprouvante. Juliette en a profité pour ressortir de vieilles photos bouleversantes, celles de l’enfance de Xavier, de sa jeunesse, et même de leur mariage, il y a de cela dix huit ans. Les photos n’ont même pas eu le temps de jaunir. Elles sont brillantes, éclatantes de vie, de bonheur, de jeunesse et de joie. On dirait qu’on les a prises hier. Céline s’aperçoit qu’elle n’a rien oublié et ne peut retenir ses larmes. Elle ne comprend toujours pas ce qui a pu arriver à son ex-mari et entend Juliette lui avouer que, pour elle, il n’a pas disparu, qu’il ne peut pas avoir disparu, et qu’elle en est désormais sûre ! “Il a sûrement été assassiné, là-bas en Alsace”, lui assure-t-elle et elle ajoute même que “quelqu’un le sait très bien”. “Elle en donnerait sa main à couper. Son intuition de mère ne la trompe pas”, confie-t-elle à sa bru.

Céline frissonne d’horreur, mais écoute, perplexe. Elle n’avait jamais envisagé cette possibilité. Du moins, pas vraiment. La police non plus, d’ailleurs. Pourquoi quelqu’un en aurait-il voulu à la vie de son mari ? L’hypothèse était absurde. Et l’est toujours. Ca n’a pas de sens. “Mais un accident, Céline, y as tu songé, demande Juliette ? Après tout, c’est possible ! Et le témoin, de peur d’être inculpé aurait dissimulé le cadavre et se serait tu. Qu’en dis-tu, demande Juliette en insistant ?”

Céline quitte sa belle-mère après avoir réglé les détails de l’enterrement. Elle reviendra, promet-elle pour choisir une sépulture. En attendant, la jeune femme sent comme une oppression qui l’empêcherait presque de respirer. Xavier assassiné ? Ce serait trop atroce, insoutenable, même ! Elle retourne chez elle et met son mari au courant de sa visite, et des soupçons de Juliette. Celui-ci réagit très mal. “A non, s’exclame-t-il, toute cette histoire ne va recommencer, hurle t-il. Quand vas-tu pour de bon enterrer ton mari une fois pour toutes ? J’en ai assez qu’il vienne continuellement perturber notre vie !”

Mais Céline se fâche. Elle met sur le compte de la jalousie la colère de son époux, et s’entête à lui seriner que Juliette a sans doute raison, qu’on a peut être pas à son avis creusé suffisamment cette piste de l’accident, et que la police a sûrement mal fait son travail, comme d’habitude. Et voilà que Philippe recommence à boire. Il refuse de toute façon d’aller à l’enterrement, sous le prétexte qu’il n’a rien à voir avec cette famille. Alors, Céline s’y rend seule avec les enfants.

Les jumelles se serrent l’une contre l’autre. Elles ne savent pas trop bien ce qu’elles font là. C’est un vieux monsieur qui est mort, a dit maman. “C’est quoi la mort, demande l’une d’entre elles, tout bas ? C’est quand tu ne bouges plus, et qu’on te met dans la terre, dit l’autre.” Kévin lui fait signe de se taire. Il pleut. Stéphanie pense à son père et s’aperçoit avec horreur qu’elle ne se rappelle plus du tout qu’elle tête il avait. Au fond, c’est comme si il était mort lui aussi, sauf qu’on n’est jamais allé à son enterrement, pense-t-elle. Le curé a fini de bénir le cercueil et Grand-Mère Juliette a bien du mal a retenir ses larmes. Et ce ne sont pas tous ces vieux messieurs en noir qui égayent l’atmosphère du cimetière où volettent les feuilles d’automne. Stéphanie se dit qu’elle a décidément horreur des feuilles mortes, des vieux Messieurs et des cimetières en général.

Céline avec sa mère et les enfants raccompagne sa belle-mère chez elle. C’est un triste jour. Après avoir partagé le repas de funérailles, où, comme de bien entendu, l’on a ramené à la surface la disparition de Xavier, Céline trouve en rentrant son appartement vide. Encore une fois, son mari va revenir à la maison complètement bourré ! Il en a pris l’habitude depuis quelques jours. Il aura sûrement fait une nouvelle virée dans les boites de nuit à la mode, qu’il s’est mis à fréquenter bizarrement depuis la mort du père de Xavier. Céline n’y comprend rien. Ce n’était pas son père, pourtant, et c’est à peine s’il connaissait le vieux monsieur.

Quelques mois passent. C’est le printemps. Devant la fenêtre grand ouverte de la salle à manger, elle entend le gazouillis joyeux des petits oiseaux du square voisin. La concierge vient de monter le courrier. Céline l’a machinalement déposé dans une assiette en argent sur un meuble du couloir. Mais l’enveloppe du dessus attire immédiatement son attention. C’est une lettre de la police de K…. Le nom lui est de sinistre mémoire.

C’est celui du village où son mari était parti en séminaire, et d’où il n’est jamais revenu. Elle s’empare prestement du coupe-papier et ouvre l’enveloppe. Elle déplie fébrilement la feuille. La police lui indique que des travaux d’installation du câble pour la télévision ont mis à jour un cadavre, dont les traits ont bien sûr disparu. Le policier ajoute qu’on a retrouvé sur lui une chevalière en or, où figure le nom de Céline. Avec une date. La jeune femme tâte le fond de l’enveloppe et y découvre effectivement un objet soigneusement emballé. La police lui demande d’examiner le bijou et de lui faire savoir au plus vite si elle reconnaît la bague. Elle manque s’évanouir, défait le petit paquet et reconnaît la chevalière qu’elle avait offert à Xavier pour leurs fiançailles. Le souffle coupé, téléphone à Juliette. L’enquête est rouverte.

Cette fois, la police recherche bel et bien un assassin. Et tous les témoins vont être de nouveau interrogés. Y compris Philippe, que la police désire bien entendu à nouveau entendre. Mais Philippe est pour le moment intouchable. Il n’est pas rentré à la maison de plusieurs jours et, aux dernières nouvelles, son bureau apprend à Céline qu’il est parti en mission. En Asie, pour des raisons professionnelles. La journée a été rude, Céline n’a plus qu’une envie : aller se coucher. Elle se met en pyjama, s’installe à sa coiffeuse pour se brosser les cheveux et réfléchit. Ce serait presque comique la façon qu’elle a de froncer les sourcils et de voir la gymnastique qu’elle fait avec sa bouche pour se concentrer, si la situation n’était pas aussi tragique. Juliette avait raison. Mais qui a bien pu faire le coup ?

Elle passe en revue tous les acteurs du drame et secoue la tête. Ils ont tous l’air si bien. Si tranquilles. De si bons pères de famille ! Vraiment, cette histoire prend un tour qu’elle n’aime pas. Après tout, se dit elle, on a peut être rouvert l’enquête pour rien. Comment, à si longue distance, retrouver des indices pour identifier le véritable meurtrier ? Ce n’est peut être pas obligatoirement un membre du séminaire, après tout. Mais peut être, un inconnu qui passait par là. Découragée, elle décide de prendre son livre et de se mettre au lit.

De la page de garde s’échappe une enveloppe blanche, sur laquelle elle reconnaît l’écriture de son mari. “Pour Céline”, lit-elle. Elle l’ouvre et lit. Presque le coeur battant. Pourquoi Philippe lui a-t-il laissé ce mot, comme si le téléphone n’existait pas ! Philippe lui avoue d’abord son amour et son calvaire d’avoir enduré pendant toutes ses années l’horrible souffrance, celle de la culpabilité qui se tait. Il lui raconte l’affreuse soirée. Leurs beuveries. Leur dispute, et le direct qui envoie Xavier sur une ridicule petite pierre. La mauvaise chute fatale et son affolement. C’est lui le coupable, lui le meurtrier, lui qui a enterré son mari comme un sanglier qu’on a heurté sur la route, pour qu’il n’empuantisse pas le voisinage ! Celui qu’elle recherche depuis tant d’années ! Maintenant, elle sait tout, lui dit Philippe. Elle peut aller à la police, pour qu’ils viennent le cueillir à son retour de Bangkok. Il rentre lundi au petit matin. Il se livrera sans difficulté. Il lui dit Adieu et qu’il l’aime, elle et les enfants. C’est tout, c’est trop !

Céline repose l’enveloppe. Elle voudrait sangloter, mais elle ne peut pas. Elle reste là, assise, comme un bloc de pierre. Sidérée. Pétrifiée. Elle ne peut y croire. Ce n’est pas possible, se dit-elle. C’est un cauchemar. Mais la lettre est là, pour témoigner. Non, elle ne rêve pas. C’est Philippe, son mari, l’assassin ! Elle reprend la lettre dans ses mains, la relie pour être bien sûre, peser chaque mot. Et pleure. Puis essuies ses larmes. Chloé, sa fille, l’appelle. Elle se lève. Un cauchemar d’enfant sans doute. “Où est Papa, murmure l’enfant dans un demi sommeil ? Dis maman, quand est ce qu’il va revenir, Papa” ? “Bientôt, ma chérie. Bientôt, rendort toi.” Céline borde l’enfant, laisse la veilleuse allumée et retourne se coucher. Mais elle n’a pas sommeil. Comment pourrait-elle jamais retrouver le sommeil ?

D’abord, c’est l’horreur qui la terrasse. Et puis, elle se secoue, et va dans la cuisine se faire une tasse de thé. Pour essayer de réfléchir, calmement. Et la voilà partagée. En morceaux. L’une qui pleure, chavirée, l’autre qui réfléchit, mesurée. Qui va l’emporter ? Le thé brûlant la ressaisit. Et elle se demande : qu’est-il arrivé au fond, ce soir de février, pendant cette soirée de carnaval ? Une soirée bien arrosée, deux hommes qui boivent plus que de raison, parce qu’ils n’ont rien à faire de plus intelligent, et parce que tout le monde le fait. Deux hommes qui ont envie de plaisanter, d’oublier le stress, le boulot, les contraintes de la vie… et qui s’amusent comme des collégiens à s’envoyer des vannes. Mais l’un le prend mal, se croit insulté, et les voilà qui en viennent aux mains. Un crochet auquel l’autre répond par un droit bien envoyé, et le premier tombe à la renverse.

Une pierre, qui se trouvait au mauvais endroit, va finir le boulot. Et voilà ! Que reste-t-il au bout du compte ? Un homme, un mort et un assassin. Un assassin qui n’est autre que son mari, et le père de ses enfants. Le père d’une petite fille qui vient dans son cauchemar de demander : “où il est, Papa” ? Est-ce que le dénoncer, le livrer à la police va lui ramener Xavier ? Céline pleure et secoue la tête. Les larmes lui coulent des yeux toutes seules et tombent sur la table de la cuisine comme des gouttes de pluie. Elle a déjà perdu un mari à cause de cette beuverie imbécile.

Va-t-elle maintenant perdre le second ?
Elle retourne vers sa chambre. Kévin et Stéphanie sont chez des amis. Elle ramasse l’enveloppe et la lettre par terre. Elle la relit encore une fois. Puis avise la vieille cuisinière en fonte qu’elle a ramenée de la maison de campagne de sa mère. Et qu’elle chérit, tant elle lui rappelle de souvenirs. Elle l’ouvre.

Le feu crépite joyeusement. La police ne saura rien.
Elle jette la lettre dans les flammes et la regarde se recroqueviller. Devenir braises, puis cendres. Et essuie ses larmes. Elle le sait, elle ira chercher Philippe elle-même à l’aéroport, avec les jumelles. Et elle l’embrassera. Sans rien lui dire, sinon : “viens, rentrons chez nous” ! Et c’est ce qu’elle a fait.

Céline a passé une nuit blanche, habillé les filles à la va-vite. A cinq heures, elle a pris un taxi pour Roissy. Elle a croisé Kévin et Stéphanie dans l’escalier. Ils ont embrassé leur mère sans lui demander où elle allait. Céline a poussé les gamines et s’est engouffrée à leur suite dans le taxi qui déjà, l’attendait. A l’arrivée, Philippe a cherché les képis, mais n’a rien vu qu’un tout petit bout de femme en gabardine beige et deux lutins qui lui faisaient de grands signes. Il a compris. Il n’a rien dit, les a serrées dans ses bras, des larmes plein les yeux.

La police a convoqué tout le monde, une énième fois. En vain. Aucun nouvel indice n’a pu permettre d’élucider le crime. Juliette a appelé Céline. Pour lui dire son chagrin. Céline l’a laissé pleurer sur son épaule. Et lui a dit tout doucement qu’elle connaissait l’assassin. Qu’elle allait lui dire son nom, et qu’elle pourrait aller le livrer à la police, si bon lui semblait. Elle lui a raconté toute l’histoire. Les masques de carnaval, les rires, les canettes de bière, les confettis, les chansons grivoises. L’atmosphère surchauffée des bars de la ville, les plaisanteries douteuses qui fusent, les types bourrés, pleins comme des barriques, qui s’interpellent, se bousculent. Deux types qui plaisantent, s’envoient des vannes et qui en viennent aux mains. Avec l’un des deux qui reste sur le carreau. Bêtement. L’affolement de l’autre… “Qui n’est autre que l’assassin de Xavier, Juliette ! C’est Philippe, mon mari ! Il vient de me le dire. Et j’ai décidé de ne rien raconter à la police. Pour nous, comprends-tu, pour les enfants. Tu sais tout maintenant.”

Juliette a écouté. Sans rien dire. Et a beaucoup pleuré. Elle a serré Céline sur son coeur. “C’est bien ma petite ! Je te remercie de m’avoir tout dit. Nous allons pouvoir enterrer Xavier maintenant. A côté de son père. Ce sera bon de pouvoir aller prier sur sa tombe. Rentre chez toi. Je ne dirai rien”.

FIN

Légende du chien noir

03/08/2008 04:39 par happy-halloween

  • Légende du chien noir

    Légende du chien noir

    03/08/2008 04:39 par happy-halloween

Le chien noir

La mère Valentin, fermière aux Noyers, dans la commune d’Orgères, me fit un jour le récit suivant :

Une femme étant en mal d’enfant, au village de la Haie-de-Chartres, on envoya, la nuit, un tailleur appelé Favrais, chercher une sage-femme qui habitait la Grenadière, dans la paroisse de Bruz.

En marchant, Favrais s’aperçut qu’un tout petit chien noir le suivait. Bientôt l’animal le devança, marchant devant lui au point de l’empêcher d’avancer, tournant tout autour de sa personne, faisant mille farces.

Aux échaliers des chemins, le chien chercha plusieurs fois à jeter le tailleur par terre, puis, soudain, apparut à l’homme d’une grosseur démesurée.

L’infortuné couturier fut pris d’une peur affreuse et se mit à courir comme un insensé.

Quand il arriva chez la mère Drouin, c’était le nom de la sage-femme, — il n’avait plus figure humaine. Il raconta ce qui lui était arrivé et dit à la vieille : « Venez voir, dans la cour, le chien noir qui me suit depuis chez moi. »

La sage-femme sortit de chez elle, mais ne vit rien. Elle supposa que le bonhomme avait bu un coup et fait un mauvais rêve.

— Partons, dit-elle, puisqu’on m’attend.

Elle n’eut pas fait un quart de lieue qu’elle partagea la frayeur du tailleur : le temps était calme, les étoiles brillaient au ciel, pas un souffle d’air ne venait effleurer leur visage, et cependant les buissons frissonnaient, les arbres gémissaient, et un bruit étrange semblait les poursuivre.

Lorsqu’ils arrivèrent à la Haie-de-Chartres une voix leur dit : « ne vous pressez pas, vous avez le temps. » Et cependant personne n’était près d’eux.

La sage-femme entra dans la maison, où la malade était au plus mal ; si elle avait seulement tardé de dix minutes, elle eut trouvé morts la mère et l’enfant. La délivrance eut lieu fort heureusement et un garçon vit le jour.

Au même instant, par la fenêtre donnant sur le courtil, et laissée ouverte, on entendit les branches d’un cerisier craquer, se briser et tomber par terre.

C’était, à n’en pas douter, le diable caché dans l’arbre, qui manifestait à sa façon son mécontentement de n’avoir pu empêcher la mort de deux créatures humaines.

FIN

 

Histoire : La Désirade

07/07/2008 03:14 par happy-halloween

  • Histoire : La Désirade

    Histoire : La Désirade

    07/07/2008 03:14 par happy-halloween

La Désirade

Un jour gris, à Paris….

L’appartement était vide. Bien rangé. Tout à sa place. Un peu triste d’être si solitaire. Les rideaux de satin rose thé, à demi tirés. Le jour était hivernal, le ciel parisien d’un gris uniforme. En bas, le quartier avait l’animation d’un lundi. Seule, la croix verte du pharmacien, au coin de la rue, clignotait. Sa lumière froide se reflétait sur le trottoir. Il venait de pleuvoir.

L’homme laissa retomber le rideau et se retourna pour inspecter les lieux. Marie lui avait laissé les clefs. Sans qu’il sache au juste pourquoi : ils ne venaient jamais chez elle pour faire l’amour. Ni d’ailleurs, pour quoi que ce soit. Pas même, pour boire un verre. Et elle n’avait ni poisson rouge, ni plante verte à arroser, ni chat à nourrir en son absence. De toute façon, la femme de ménage passait une fois par semaine, pour jeter un coup d’oeil et épousseter un voile de poussière imaginaire.

Son regard fit le tour de la pièce. On eût dit une chambre d’hôtel. Le couvre-lit mauve était bien tiré. L’oreiller unique, sagement posé dessus, trônait au beau milieu du lit, bien gonflé. Pas une peluche, pas l’ombre d’une poupée, ni même une fleur. Rien pour accrocher le regard, rien pour l’émouvoir, excepté deux petits détails troublants : la femme de ménage avait laissé ses babouches sur la descente du lit. Et une bouteille de parfum, à demi entamée, sur la table de nuit. A part cela, rien qui soit susceptible de le rassurer. De la lui rappeler. De combler le manque qu’il avait d’elle. De lui mettre un baume au coeur.

Il scruta une dernière fois ce lit, où il n’avait jamais été invité à se coucher et il l’imagina, nue, abandonnée, douce et chaude, lovée entre ses bras. La douleur lui transperça la poitrine. Aiguë, comme la lame d’un couteau. Elle était partie pour sa propriété de la Désirade, là bas au bout du monde, dans les Antilles françaises. Où son père, jadis, avait dirigé une exploitation de canne à sucre.

C’est à peine si elle lui avait dit au-revoir ou à bientôt. Ni pourquoi, elle partait. Elle avait besoin de faire le point, de respirer. De se “retrouver,” avait-elle expliqué. Et elle l’avait planté là, en lui disant. “Tiens, je te laisse mes clefs. Si tu veux, tu pourras venir faire un tour chez moi, installe-toi, fais comme chez toi. Tu te sentiras moins seul !”

Pour elle, tout était simple. Tu parles ! Seul, n’était pas le mot qui convenait. Ni même “abandonné,” c’était pis. Bien pis. C’était comme si elle l’avait dépossédé de lui même, comme si elle avait emporté sa vie avec elle, pour laisser à Paris, un pantin désarticulé. Il n’avait plus de goût à rien. S’était fait porté malade, à l’hôpital où il travaillait comme infirmier, et errait, maintenant, comme une âme en peine.

Le vers de Lamartine, appris jadis en classe, lui trottait dans la tête : “un être vous manque et tout est dépeuplé.” C’était vrai à en sangloter. A se taper la tête contre ces murs vides. Soudain, un objet insolite dans cette pièce, arrêta sa mélancolique humeur. L’intrigua, titilla son intérêt, éveilla sa curiosité. Trop occupé jusque là, à remuer des pensées moroses, il ne l’avait pas vue. Une enveloppe rectangulaire était posée debout, légèrement inclinée, sur le secrétaire. Comme fasciné, il s’en approcha. Elle était de couleur ivoire. Assez grande. Faite d’un joli papier, du genre raffiné, et adressée à Marie d’Orban.

Son adresse avait été rédigée à l’encre bleue. L’écriture était soignée. Il saisit l’enveloppe entre ses doigts. La retourna. Pas d’adresse au dos. Il tenta d’en percer le mystère, en la tournant vers le jour et en essayant de voir ce qu’il y avait à l’intérieur. Mais le papier était doublé, et opaque. Il la secoua. Elle n’émit aucun bruit. Il la reposa, découragé. Puis, il eut une idée : il chercha ses lunettes et déchiffra le tampon de la poste. Quimper ! L’enveloppe avait été postée la semaine dernière, et venait de Bretagne. Avait-elle de la famille là-bas ? Elle ne lui en avait jamais parlé. Une amie, peut être ? Il huma le papier. Qui sait ? Peut être, était-il parfumé ? Non, même pas.

L’enveloppe gardait son secret. Il la reposa. Jeta un oeil à sa montre : onze heures, et pensa à son service à l’hôpital, où son absence devait se faire cruellement sentir. On était en manque de personnel. La matinée était avancée. Normalement, il aurait hélé un taxi, se serait précipité dans le métro, pour rattraper son retard. Mais il était sans force. Et tout lui était égal. Il soupira, et décida en désespoir de cause, d’aller à la cuisine se faire un café. La kitchenette était petite, mais aussi nette et propre que le reste de l’appartement. Il ouvrit un placard, trouva le café, versa l’eau. Fit une petite flaque par terre, qu’il omit d’éponger. Il s’alluma une cigarette, en attendant que son café fût prêt. Secoua ses cendres dans l’évier, et se versa une tasse. Le café embauma, mais cela ne l’apaisa guère. Il en but une gorgée. Reposa la tasse, et retourna dans la chambre.

L’enveloppe l’intriguait trop. Elle était là où il l’avait laissée. Il l’a prit. L’emporta avec lui, comme un objet rare et précieux, la posa sur la table de la cuisine et finit de siroter son café, en faisant bien attention de ne pas la tâcher. Il la regardait, comme si elle le narguait. Il ne supportait pas que Marie pût avoir une vie d’où il était exclu. Ce courrier, il fallait qu’il en brise le sceau, s’en approprie le contenu. Mais, l’enveloppe ne lui était pas destinée. Ce n’était pas convenable. Il le savait. Mais sa curiosité, son impérieux besoin de savoir, de percer le secret, le broyait.

Il prit la bouilloire, la remplit d’eau et la posa sur le feu. Lorsqu’elle émit son joyeux sifflement, il laissa un peu de vapeur s’échapper, et entreprit de décoller soigneusement l’enveloppe. Dans sa hâte, il ne s’était même pas aperçu qu’elle n’était pas fermée. Le revers était simplement glissé à l’intérieur. Il le souleva, intrigué et vaincue, celle-ci se livra au violeur. Avide et gourmand, celui-ci eut toutes les peines du monde à maîtriser ses gestes. Il avait envie d’extraire sans ménagement le feuillet glissé à l’intérieur. De s’en saisir, quitte à tout déchirer. La page unique, fut bientôt dépliée. D’une main fébrile, il ajusta ses lunettes. En haut à gauche, il y avait un nom et une adresse, celle du mystérieux expéditeur : Clément Sablé, 12, impasse des infortunées, Quimper. Pas de numéro de téléphone et une drôle d’adresse. Son regard s’empara de l’intitulé : “Très chère Marie !” Que voulait donc ce garçon à son amie ? Il grillait de l’envie d’en savoir plus, et lut sans plus attendre :

“Mon Dieu ! Quel bonheur d’avoir pu retrouver votre trace. De vous avoir enfin rencontrée. Depuis que je rêvais de vous ! Que je vous imaginais, belle, suave, tendre, douce, en un mot, fabuleuse. Mais la réalité dépasse tous mes rêves. Vous êtes si magnifique, que je souffre à l’idée de tout ce temps qui nous a été volé par la vie, et que je souhaite ardemment rattraper ! Où êtes vous, Marie ? Je n’arrive pas à vous joindre. Depuis notre rencontre au jardin du Luxembourg, votre portable ne répond pas et votre femme de ménage m’a dit que vous étiez sur le point de vous envoler vers les Antilles. Je souhaite sans plus attendre, vous connaître mieux, même s’il est trop tôt pour que je vous appelle autrement que par votre prénom. Me laisserez-vous vous approcher un tout petit peu ? Je saurai me faire discret, ne pas vous importuner. Je ne veux ni vous encombrer, ni vous déranger, ni bousculer vos habitudes. Je respecte votre choix. Mais j’ai tant besoin de vous. Vous laisserai-je vous envoler une nouvelle fois vers quelques cieux inconnus et vous perdre à nouveau ? Laisserai-je le livre de la vie écrire de nouveaux chapitres, où je ne serai pas ? Une nouvelle vie nous attend Marie, où tous deux, nous découvrirons des horizons merveilleux, jusque là hors de notre portée. Une dimension nouvelle.

Je n’eus jamais cru qu’il me serait possible de vous retrouver. Je vous découvre et c’est le plus beau des cadeaux !

Pour mieux vous reperdre, et c’est mon sang qui se glace. Je sais, je suis sans doute trop impatient. Que voulez-vous, j’ai l’impétuosité de ma jeunesse. Mais j’espère que vous saurez me pardonner. Je désespère de ne pouvoir vous joindre au téléphone. Répondez-moi vite ! Pourrions-nous nous voir encore, avant votre départ ? Je bous d’impatience ! Sans réponse de vous, je suis capable de tout, y compris d’aller vous surprendre dans votre repère secret du bout du monde, là-bas, dans ces Antilles lointaines, même si je ne connais ni votre adresse, ni rien de ce pays. Je saurais bien vous dénicher et vous offrir tout mon amour, si vous l’acceptez, bien sûr ! Car je ne saurais m’imposer à vous, quand bien même, cela me briserait le coeur. Comprenez-vous l’urgence que je ressens de vous serrer sur mon coeur ? Je l’espère ! Je brûle d’impatience. Répondez moi vite, ma M….. chérie – - – ! (Je n’ose pas prononcer ce mot chéri. J’attends que vous me l’appreniez !) Votre Clément !

L’homme n’en croyait pas ses yeux. L’inimaginable s’était produit : elle le trompait, lui mentait, le trahissait ! Pendant que lui se rongeait d’angoisse et de désespoir durant son absence, elle entretenait avec ce Clément une relation qui ne laissait que trop deviner une passion amoureuse des plus ardentes. Du moins, de sa part à lui. Mais elle ne semblait pas pour autant innocente. Elle l’avait rencontré au parc, lui avait parlé, l’avait probablement séduit, envoûté par son charme, qu’il ne connaissait que trop bien. Et elle, elle jouait les filles de l’air, l’enjoleuse…la garce ! Une haine farouche le submergea. Il ne savait plus où il en était. Cinq minutes avant, il l’adorait. Se sentait meurtri, de ne pouvoir la presser sur son coeur, souffrait dans sa chair la brûlure de son absence. Le parfum de ses cheveux, doux comme de la soie, la douceur de son cou gracile, qui se courbait sous ses baisers, sa nuque souple, son menton mutin, son sourire ravissant…lui manquaient, à en perdre la raison. Tout lui disait la peine et le chagrin dans lequel il se trouvait précipité, du fait de son départ. Et à l’instant même, il l’eut volontiers giflée et rouée de coups, avec la même violence qu’il l’eue étreinte, deux minutes avant !

Il écrasa son poing contre le mur et ses jointures furent en sang. Cela lui fit mal. Le libéra. Il se sentit mieux, et put à nouveau respirer. Il saisit sa veste, ramassa les clefs et claqua la porte derrière lui, sans même la refermer, en emportant l’infamante enveloppe. Laissant à la femme de ménage, la tasse et la flaque à nettoyer.

Il la detestait. Il haïssait Marie ! Il en voulait au monde entier, et se serait volontiers jeté contre un mur pour se blesser, s’il n’avait eu peur de la souffrance. Non, il valait mieux se venger. Cela le soulageait davantage, même s’il fallait attendre un peu. Mûrir un plan. Arrêter une stratégie. L’imposteur, ce Clément de m… qu’il maudissait, il en était sûr, l’avait rejointe là bas, sous le soleil des tropiques et, en ce moment même, sournois, les deux amants filaient le plus parfait amour, le laissant lui, glacé, torturé, seul. Sans présent et sans avenir. Elle lui avait volé sa vie ! Son amour ! Elle l’avait trahie. Elle méritait cent fois la mort. Il vit rouge. Il avait un besoin de sang. Tuer, n’importe qui, ou quoi, l’eut soulagé. Mais c’était un timoré. Il avait peur. Il se sentait piégé, petit, faible et sans force. Seule, sa haine, féroce, l’habitait.

Il rentra chez lui, prit une douche dans l’espoir que l’eau chaude coulant sur son corps, lui ferait un instant oublier la morsure qu’elle lui infligeait. Mais le remède fut d’un faible effet. Il se regarda dans la glace : un peu maigrelet, ni petit ni grand, mais un visage régulier, des yeux bleus, très pâles, qui avaient su fasciner Marie. Un nez droit. Rien de bien extraordinaire, mais rien de repoussant non plus. Non, un comme tout le monde, mais dont les cheveux blonds lui parurent soudain trop flous, lui faisant un visage de bambin, pas assez dur ! Il saisit des ciseaux et entreprit de tailler à même sa chevelure. Des touffes de cheveux tombaient sur le carrelage. Il eut vite l’aspect d’un chien au poil hérissé et ses touffes pâles et hirsutes qui pointaient et se dressaient sur son crâne, le firent sourire. Il serait bien resté comme ça, mais pour passer inaperçu, ce n’était pas l’idéal. Alors, il se saisit d’un rasoir. Voilà ! Son aspect était plus militaire, plus rude, désormais. Il chercha un bonnet gris dans sa panoplie de sport d’hiver et s’en couvrit le chef. Après quoi, il dénicha dans la penderie un vieux sac à dos, datant de son époque scout et y jeta sa trousse de toilette et une serviette de bain. Il ajouta un jean propre, deux paires de chaussettes, un tee shirt, un slip de rechange et un livre de poèmes, qu’il prit dans sa bibliothèque. Les poèmes avaient le don de le calmer. Il n’oublia pas son baladeur MP 3, enfila un jean, un pull gris, un anorak noir, ramassa, son portefeuille, ses clefs de voiture et ses cigarettes. Ainsi paré, il jeta un dernier regard à la glace et vit un jeune homme comme des milliers d’autres. Parfait, personne ne le remarquerait. Il se ferait aussi gris, qu’un chat gris, dans un tunnel gris. Il ferma soigneusement sa porte à double tour, serrant la compromettante enveloppe dans sa poche. Descendit au parking, où l’attendait sa Clio noire. Il démarra en trombe et sortit.

Il prit la direction de l’hôpital, se dirigea vers son vestiaire, et enfila sa blouse blanche. Il agrafa son badge officiel qui lui permettait toutes les allées et venues. Il savait exactement où trouver ce qu’il cherchait, ouvrit le tiroir, se saisit d’un trousseau de clefs. L’ armoire à pharmacie se trouvait dans la même pièce. Il l’ouvrit, s’empara d’une fiole et de deux ou trois seringues à jeter. Il valait mieux se montrer prudent. Il referma la porte à clef derrière lui. Remplit un registre spécial, où l’on inscrivait les emprunts et le signa, avec la date du jour. Il n’était pas censé être là aujourd’hui, mais l’avenir, il n’en avait cure. D’ailleurs, d’avenir, il n’en avait plus. Comme il se fichait de savoir ce que son chef allait penser. Il avait bien d’autres chats à fouetter ! Il retourna au vestiaire, ne croisa personne qui le reconnut et redescendit au parking. De là, il se rendit à l’aéroport et acheta un billet pour Pointe-à-Pitre. Il y avait juste une place de libre dans l’ avion du lendemain midi. Au fond de l’appareil.

Il n’eut pas envie de retourner chez lui. S’offrit une place de cinéma. S’attabla à la terrasse d’un bistro. Mangea un sandwich, bercé par son MP 3, fuma cigarettes sur cigarettes et s’endormit sur un banc. Il passa une fort mauvaise nuit, mais cela n’avait pas d’importance.Il rendit visite aux toilettes d’un bar, pour se faire un visage présentable, s’aspergea de déodorant, puis prit la direction de Roissy et fit enregistrer son maigre bagage. Il acheta un ou deux journaux. Tua le temps comme il put, en observant les autres passagers, les couples, les familles, les enfants. Mais il ne pensait à rien. Il ne pouvait plus penser. Ni lire un poème. Ni réfléchir, car rien n’avait plus ni queue ni tête. La salle d’embarcation était noire de monde.La vie était une farce. Enfin, on appela les passagers à monter dans l’avion. Il suivit la foule, se laissa fouiller rituellement, présenta sa carte d’identité. Tout alla pour le mieux. Il avait la mort dans la tête, dans le coeur, dans l’âme, mais heureusement, ça ne se voyait pas. Il rejoignit son siège, boucla sa ceinture et attendit que le gros porteur s’arrachât de la piste pour emporter son lot de vacanciers vers des cieux plus clairs. Il s’endormit. Non pas qu’il se sentît mieux ou apaisé, mais il était fatigué. Épuisé. Il essaya de penser à la traîtresse qui avait bousillé sa vie, mais ses traits s’effaçaient. Il ne sentit que la douleur qui lui serrait la poitrine. Comme un étau brûlant. Il mangea sans faim son plateau repas, regarda le film sans le voir et s’assoupit. L’avion atterrit sans encombre, mais trop tard dans l’après midi, pour qu’il pût attraper le bateau vers la Désirade.

La petite île, langue de verdure bordée de sable blanc et baignée d’eaux bleues, saurait bien l’attendre un jour de plus. Les touristes, dont il se fichait, s’égaillèrent vers leurs résidences de vacances, les autochtones se retrouvèrent, s’embrassèrent. Lui, se dirigea vers le port. Il y avait des gens qui grouillaient, des carcasses de voitures en décomposition qui, telles des charognes modernes, finissaient de pourrir dans le fossé, sous les fleurs qui tombaient dessus en cascades, sans que nul ne s’en souciât. Il se sentit en harmonie avec ces cadavres de taules et de métal, pliés, rongés, torturés. Des bateaux revenaient au port, vomissaient leurs passagers et marchandises dans la toufeur de l’après midi. Des cabanes de bois mal ajustées le regardaient passer dans l’indifférence. Il y avaient des filles souples comme des lianes, des motocyclettes pétaradantes, des boutiques pleines de paréos qui lui rappelaient des souvenirs de vacances qui lui firent mal et des papiers qui s’entassaient dans le caniveau. Une saleté crasse en harmonie avec son humeur.

Le soleil lui caressa la peau, mais il l’ignora. La mer au loin, s’assombrissait déjà. Le bleu du ciel s’éteignit aussi soudainement qu’une bougie. Et il chercha un bar pour s’offrir la douceur de la brûlure du rhum. Il but plus que de raison, mais pas au point d’en perdre la tête. Avala une pizza. Et chercha un endroit pour passer la nuit. Un endroit à l’écart, au bout d’une ruelle, aussi sombre que le cul d’une négresse. Il y avait des bateaux de pêche renversés, des filets, des bouées, des objets hétéroclites abandonnés. Il se glissa sous une barque‚ à demi inclinée sur le côté, roula son sac en oreiller et s’endormit d’un sommeil qui n’était pas celui du juste. Le jour naissant le surprit reposé. L’horizon se teintait de rose, de mauves suaves qui se dissolvaient dans un fleuve de lumière orangée. Et celle-ci virait au bleu à une vitesse saisissante. Mais ce festival de couleurs ne sut pas ranimer la moindre flamme de plaisir en lui. Le moindre espoir. La plus petite joie. Il était aussi mort qu’on peut l’être, et ne souffrait pas que la vie, autour de lui, lui fît fête. Il était de mauvaise humeur. La faim le talonnait. Il s’offrit un petit-déjeuner de marin, du café noir et une rasade de rhum. Prit son billet aller-retour machinalement pour la Désirade, et attendit que les marins lui fassent signe de monter à bord.

Il y avait là, une armée de touristes en vadrouille avec armes et bagages, des jeunes à boucles d’oreilles, qui s’interpellaient, riaient au vent, des enfants qui criaient, des amoureux qui s’embrassaient en se tenant la main, des mamans serrant des bébés dans leur bras, des couples plus âgés, qui agrémentaient leur retraite d’un peu de soleil et d’azur, s’offrant un hiver au soleil sous les cocotiers. Bref, une foule joyeuse, colorée et bavarde qui se calma quand le bateau eût atteint la pleine mer. La houle était forte et il fallait prendre garde à ne pas rendre son petit-déjeuner. Le bateau, gaillardement, dévalait les creux, escaladait les bosses, semblait prendre son élan pour gagner les nuages et retombait lourdement, dans un platch qui enthousiasmait les enfants au coeur bien accroché. L’homme aux sombres pensées, s’était terré sur son siège de plastique rouge et faisait sembler de regarder le film américain qui passait à la TV. Le bateau accosta. Des hommes brandissant des pancartes et offrant, qui une voiture à louer, un 4×4, des scooters ou des visites guidées de l’île, attendaient les touristes. Il se mêla au flot joyeux qui débarquait, repéra un gamin qui lui indiqua une baraque où une vieille à moitié myope, et qui ne parlait que créole, lui loua un scooter, avec le plein d’essence. L’affaire entendue, il enfourcha l’appareil et chercha la poste.

Le port n’était pas bien grand et il dénicha le bâtiment sans effort. Là, il demanda le préposé, lui montra la photo de Marie, donna son nom et expliqua qu’il avait oublié de prendre son adresse, qu’il voulait lui faire une surprise. Le facteur sourit, en découvrant toutes ses dents et lui indiqua le village où son amie avait sa résidence. A l’intérieur de l’île. Il prit une petite route qui musardait dans la verdure, contournait des champs de cannes et escaladait des collines sauvages où s’éparpillaient des habitations.

Les fourrés, et les arbres faisaient une végétation dense et touffue à laquelle il n’aurait pu donner aucun nom. Son scooter dérangeait en passant le calme d’une campagne assoupie sous le doux soleil tropical, chaud comme un petit pain au sortir du four. La mer scintillait, et venait briser, au loin, sur la barre de corail, ses rouleaux qui éclataient en écume mousseuse. En deçà, la lagune paressait et poussait de lentes vaguelettes qui venaient mourir sous les cocotiers qui penchaient.

Il n’eut pas un regard pour la plage blonde au sable doux où s’aventuraient des iguanes peu sauvages. Ni pour les rares touristes qui se plaisaient à rejouer Robinson Crusoé et Vendredi. Ni pour les enfants qui cherchaient à dénicher sous les raisins de mer, des coquilles nacrées ou des coraux blanchis. Il prit un chemin de traverse, et aperçut un versant légèrement incliné où se nichait une vieille bâtisse. La masion d’allure coloniale, semblait avoir connu un passé plus prospère. Une galerie tournait autour d’elle, et il semblait qu’elle était inhabitée. Le jardin croulait sous une avalanche de plantes, des lianes s’entortillaient autour d’autres troncs qui ne semblaient pas étouffer pour autant, et redéployaient en tombant, de larges feuilles vernissées, aussi généreuses que des ailes d’anges déployées.

Tout était calme. Il ne s’annonça pas. S’introduisit dans l’habitation assoupie, tel le voleur de vie qu’il était. Etouffa jusqu’au bruit de ses pas, et se faufila sur la terrasse. Une baie ouverte laissait se gonfler un rideau blanc qui se croyait une voile, s’enflait et se dégonflait, dans un rythme lent et paresseux, incitant à la sieste ou à l’amour, dans la quiétude de l’après midi. Il se fit ombre, se cacha dans l’encoignure d’une porte, et osa jeter un oeil sur le lit défait, où dormait paisiblement celle dont les caresses avaient, en disparaissant, retiré au ciel toutes ses couleurs. La traîtresse, en ses cheveux épars et défaits, faisaient songer à une Vénus émergeant de l’écume dans le premier matin du monde, aussi innocente qu’une nymphe appelant l’amour. Mais la fleur était vénéneuse et toxique. L’homme ouvrit son sac en silence, en sortit un flacon et une seringue. Aspira un liquide transparent, fit jaillir une goutte au bout de l’aiguille et, tel un serpent, s’approcha du bras blanc et le piqua avec une adresse de serpent. Elle n’eut pas un soupir, pas un râle, pas un soubresaut. Elle passa en souriant du monde des rêves à celui des anges. On n’eut pu rêver une mort plus douce, regretta-t-il. La traîtresse eut dût souffrir les mille morts du remord, cela eût été plus juste. Mais l’homme n’avait pas encore assouvi sa vengeance. Il fallait qu’il entende les hurlements de l’enfant de salaud qui lui avait ravi sa maîtresse, la découvrant morte en ses draps blancs, où il viendrait se couler, tôt ou tard. Au point où il en était, l’homme n’avait plus qu’à attendre. Il s’appuya sur le mur, se laissa glisser et s’assit, dans la pénombre du jour qui déclinait. En bas, quelqu’un avait allumé des lampes et s‘affairait autour d’une table. Il entendait des verres qui teintaient, des bruits de bouteilles qu’on débouchait, le chant des glaçons dans des verres. Soudain, un cri joyeux déchira le silence.

“Maman “ ! Maman ! Réveille toi . Je viens de nous servir un “ti punch” ! Avec plein, de glaçons, comme tu l’aimes ! “ Le silence répondit à l’appel. L’homme se pencha effaré et vit un jeune homme d’une vingtaine d’années à la crinière blonde, reposer le verre qu’il tenait à la main et se lever.

Il l’entendit monter l’escalier quatre à quatre, et entrer dans la chambre. Allumer la lumière, lorsqu’un cri de bête déchira le ciel de la nuit.
“ Maman, maman ! Mais réveille toi, bon sang !”
Les sanglots étaient déchirants. A vous vriller le coeur. Mais pourquoi appelait-il sa mère, cet enfoiré ? L’homme resta un bon moment plaqué contre le mur, se bouchant les oreilles. Entendant le jeune homme appeler les pompiers et la police tout ensemble. Il sauta dans la nuit du jardin envahi de ténèbres, disparut dans les sombres frondaisons et retrouva son scooter, qu’il avait laissé appuyé contre un tronc. Il le poussa sans bruit jusque loin sur la route, ne souhaitant pas se retrouver face à face, avec les représentants de l’ordre.

L’angoisse, la confusion, l’habitaient. Qui était ce jeune homme ? Etait-ce le Clément de la lettre ? Se pouvait-il qu’il eût tué sa bien aimée pour rien ? Simplement, parce qu’elle lui avait caché qu’elle avait un grand fils ? L’horreur de son geste, l’angoise commençait à étendre ses tentacules monstrueuses, enserrant sa gorge et son coeur, dans un étau insupportable. Il se jeta dans un fourré au bord de la route, espérant que les ténèbres allaient étouffer sa souffrance. Il entendit le concert des sirènes qui emplirent la nuit de leurs échos. Au matin, il se renseigna au super-marché. La nouvelle était sur toutes les lèvres. Une jeune femme était morte la nuit même, d’une crise cardiaque ou d’une rupture d’anévrisme, sans qu’on sache au juste comment, et pourquoi. Comme c’était triste ! Elle avait à peine quarante ans et son fils, qu’elle venait juste de retrouver, était inconsolable.

L’homme qu’il venait d’interroger opina du chef. Il s’enfuit, ne pouvant soutenir son regard. Enfourcha son scooter et chercha un endroit approprié, le plus isolé possible, se laissant bercé par le ressac des vagues. Sur la plage, il attendit la nuit. Relut la lettre et comprit sa fatale erreur. Entre des branches lianes qui couraient sur le sable fin, loin des regards, il se glissa, attira à lui son sac. Et le fouilla à l’aveuglette, des larmes noyant ses yeux. Il attrapa une seringue, le flacon de mort et en aspira ce qui restait de liquide. Quelques gouttes. Chercha la veine fatidique et se piqua. Espérant que sa mort serait aussi douce que celle de sa bien aimée.

Il se réveilla à l’hôpital, sous haute surveillance.
Un enfant, qui cherchait sa balle, le découvrit au matin. Entre la vie et la mort. On le ranima, retrouva la lettre de Clément dans sa poche, le flacon vide, la seringue. On comprit. On identifia le produit. On rapprocha sa présence dans ces fourrés, de la mort inexpliquée de la jeune femme, et les déductions du juge firent le reste.
Il écopa de vingt ans. Sans remise de peine. La mort eût été trop douce pour lui !

 

FIN

Le secret du vieux secrétaire !

05/07/2008 06:03 par happy-halloween

  • Le secret du vieux secrétaire !

    Le secret du vieux secrétaire !

    05/07/2008 06:03 par happy-halloween

Le vieux secrétaire

Minna vient d’hériter d’un vieux secrétaire. Du genre de ceux qu’on ne trouve que chez les antiquaires ! Le meuble était dans la famille depuis si longtemps que personne ne se souvenait depuis quand. Elle en avait hérité, avec toute la maison d’ailleurs, à la mort de sa tante, la seule famille qui lui restait. Cela lui avait fait une sensation étrange, au début, d’emménager dans la vieille maison familiale, où sa mère avait vécu enfant. Comme si elle prenait possession de la vie d’une autre. Non pas que sa tante eût été pour elle une inconnue.

Mais Cécile avait toujours vécu seule, célibataire endurcie, et plutôt solitaire. Avec pour seul compagnon, un chat, qui n’avait pas survécu au décès de sa maîtresse.

Aujourd’hui, Minna se promène souvent dans la maison ; elle sait qu’il lui faudra du temps pour l’apprivoiser. L’amadouer d’abord, comme on fait d’un animal sauvage qu’on désire apprivoiser. Lentement, en prenant son temps, sans l’effaroucher. N’entrer dans une pièce qu’à petit pas, presque en demandant l’autorisation, pour ne pas déranger les souvenirs. Le secrétaire de tante Cécile, l’intrigua tout de suite.

Comme si le meuble voulait lui dire quelque chose. Au début, elle ne s’approcha de lui qu’avec circonspection. Ce n’est pas qu’il lui faisait peur. Non. Mais il avait quelque chose d’inquiétant quand même, quelque chose qui la fascinait, l’attirait. Inexplicablement. Un jour, Minna eut une idée : peut être qu’elle pourrait le faire expertiser ! Pour en savoir plus sur lui. Une façon de se l’approprier, en somme.

Elle décida de le prendre en photos, sous toutes les coutures, et envoya les documents à une émission de télévision qui rend ce service aux téléspectateurs. Peut être, en saura-t-elle un peu plus long sur son histoire, se dit-elle. Et la réponse lui parvint. “Le meuble date de l’époque Louis XV ! Il vaut une petite fortune. C’est une pièce rare, exceptionnelle, même.” Lut -elle, non sans surprise !

Dès lors, Minna regarda le vieux secrétaire d’un nouvel oeil.

- Pense donc, confia-t-elle à son ami Olivier, il en va vu défiler des vies, des amours, des passions et des histoires. Peut être, même, contient-il un secret ?

Minna l’espérait de tout son coeur, presque avec ferveur. Elle commença à l’examiner de plus près. Caressant la patine du vieux bois, laissant promener ses doigts sur le délicat travail d’ornement. Des petits tiroirs, des casiers… c’est fou ce que ces gens d’antan pouvaient être minutieux et inventifs. Il y avait des endroits pour tout ranger : plumes, papiers, agrafes, enveloppes, cartes, gomme, taille-crayon, buvard etc… et sûrement, se dit Minna, un tiroir secret pour dissimuler les billets doux ! Un soir, Olivier se moqua d’elle gentiment :

- Ma chérie, ta passion pour ce meuble tourne à l’obsession, on devrait le brûler !

Minna haussa les épaules. Et pourtant, elle devait le reconnaître, son fiancé avait raison : le secrétaire agissait sur elle comme un aimant. Chaque matin, il faut qu’elle aille le voir, comme s’il l’appelait ! Il faut qu’elle aille lui parler ! Alors, elle l’interroge, tout en laissant longuement courir ses doigts sur tous ses reliefs et dans tous ses interstices. Elle en ressent comme une volupté. Elle se dit qu’un jour, il lui livrera son secret. Elle en est persuadée. Elle ouvre chaque tiroir, tire sur toutes les targettes qui laissent apparaître un casier, un rangement…

Un jour, à sa grande surprise, un porte-plume d’époque en bois d’ébène apparut soudain, comme par magie. Elle crut défaillir d’étonnement et de joie. Mais il ne contenait rien. Même pas une plume.

Ce jour là, elle referma chaque petite porte plus délicatement encore que d’habitude, remit les tiroirs en place et s’en alla, certaine qu’elle se rapprochait du but. Elle referma doucement la porte de la chambre, non sans jeter un dernier regard dans la pièce : celle-ci, décidément, avait quelque chose de bizarre. Mais quoi ? Des souvenirs peut être, qu’elle gardait gravés dans sa mémoire de pierre ?

Etait-ce le parquet ciré, qui brillait comme si on venait de le lustrer, les tentures de lourd velours cramoisi, les sombres boiseries des murs, ou le lit à baldaquin, que la tante Cécile, sûrement une romantique refoulée, avait orné de rideaux à fleurs ? Minna, de retour dans sa cuisine et attablée devant un café au lait, n’en savait trop rien. De toute façon, elle avait bien du mal à s’y faire à cette maison. Ce n’était décidément pas si facile de se couler dans la vie d’une autre. De prendre le relais, en somme. D’enchaîner sur sa vie, comme on continuerait un tricot abandonné.

Puis, les mois passèrent. Et Minna s’est mariée.

Le jeune couple s’est tout naturellement installé dans la maison. Olivier a suggéré que peut être, on pourrait refaire les peintures. Rajeunir les papiers peints.

-Cela donnerait un petit coup de jeune, et contribuerait sûrement à chasser les esprits qui peut-être, se complaisent, la nuit, à hanter les vieux murs, s’est-il un jour écrié comme pour plaisanter !

Aussitôt dit, aussitôt fait !

Minna et Olivier y ont consacré tous leurs week-ends. Et la maison sembla effectivement renaître. Redémarrer un nouveau cycle. Dans la chambre de Cécile, devenue la chambre du couple, Minna a tout transformé. Mis des voiles transparents rose vif au baldaquin, donné les lourdes tentures à sa belle-mère, et installé à la place, de légers rideaux couleur pêche, joliment enfilés sur la tringle avec des nouettes. Puis elle a repeint les boiseries en couleurs pastel, mis de la moquette fraise écrasée sur le vieux parquet et dispersé des coussins orange sur le lit. Le jour de l’inauguration, elle a ouvert en grand les portes-fenêtres et laissé respirer la pièce refaite à neuf avec des couleurs chaleureuses.

- Il faut donner à cette maison un nouveau souffle de vie , a t-elle déclaré à Olivier qui s’étonnait, en plein mois de février glacial, de la voir aérer la chambre, comme si l’on était au printemps ! Admire le secrétaire de Cécile, fit la jeune mariée, ne fait-il pas la meilleure impression sur ce mur abricot ?
Olivier, qui s’en foutait, hocha la tête pour faire plaisir à sa femme.

- Allons, viens, faisons-nous un café, lança -t-il !

Minna quitta la pièce comme à regret. Referma les fenêtres, et jeta un dernier regard à son meuble chéri. Elle se dit que lundi, après le départ d’Olivier pour le bureau, elle saurait bien s’approcher doucement de lui, comme d’un vieil ami. Le prendre par la douceur… Câliner sa patine de vieux bois avec suffisamment de conviction pour qu’il se livre, enfin, à elle. Elle n’ajouta pas un mot, sentant que son idée fixe commençait à fatiguer la patience de son mari.

Le lundi tant attendu arriva. Minna prit un bon petit déjeuner et s’interdit de jeter le moindre regard du côté du meuble avant d’avoir fait sa toilette, et expédié le ménage. Puis, elle s’attela à sa tâche, bien décidée, cette fois, à ne pas quitter la pièce sans avoir découvert le secret caché qu’il lui tenait tant à coeur de découvrir. Minutieusement, elle commença par vider sur l’écritoire de cuir tous les tiroirs. Elle ouvrit l’un après l’autre tous les casiers, promena le bout de ses doigts très doucement, en appuyant de temps en temps sur tous les reliefs, toutes les aspérités, sur tous les fonds, jusqu’à ce qu’un grincement lent et un peu aigu lui arrache un cri de victoire.

Une petite porte glissa. Un couvercle disparut, laissant voir un casier dissimulé dans le bâti de l’écritoire, tout à fait en dessous. Il faut se pencher pour voir ce qu’il y a dedans, et glisser la main à tâtons, pensa Minna. Elle avança prudemment le bout de ses doigts et sentit comme un rouleau de papier maintenu par un lien très doux au toucher.. Elle le fit rouler doucement pour le saisir et le sortit de sa cachette. Un ruban de soie bleue le maintenait et le papier, certes un peu jauni, apparut sous ses yeux ébahis, exactement dans l’état où on l’avait laissé.

Extraordinaire ! Quelle découverte sensationnelle ! Minna resta fascinée devant l’objet. C’était à peine si elle osait le toucher. D’abord, appeler Olivier à son bureau, pensa-t-elle. Lui dire l’extraordinaire trouvaille !

Et puis, attendre l’heure du déjeuner. Lui montrer le rouleau en grande cérémonie. Mais, en attendant, que faire ? Minna prit délicatement le papier entre ses doigts, comme s’il allait se réduire en poussière sous la pression et le reposa comme une relique, sur le cuir de l’écritoire. Tiens, une idée ! Elle pourrait le photographier, en attendant de le montrer à Olivier. Elle fit le cliché et reposa l’appareil.

Puis, se mit à attendre, fébrile ; incapable de rien faire d’autre, le coeur battant. Enfin soulagée, elle entendit la Golf de son mari freiner dans la cour. C’était bien lui. Le pauvre n’eut pas le temps de pousser la porte ni de reprendre son souffle, que déjà, sa femme l’entraînait vers leur chambre et sa découverte fatidique. Le rouleau l’attendait effectivement, comme une pièce de musée exhumée d’une tombe, ou un objet d’archéologie.

Olivier s’approcha de l’objet et le regarda presque avec précaution, comme si c’était sacrilège, osant à peine le toucher.

- Tu peux le prendre dans tes mains, tu sais, il ne mord pas, plaisanta Minna, pour alléger l’atmosphère quelque peu tendue. Olivier avança son index et caressa du doigt le mince ruban de soie, avant de demander où sa femme l’avait trouvé. Elle lui montra le délicat mécanisme et Olivier put vérifier qu’il fonctionnait encore parfaitement. Comme si on l’avait huilé d’hier. Les yeux étonnés, les oreilles en alerte, il entendit le clic-clac bref, suivi d’un grincement léger, et vit le casier s’ouvrir et se refermer en un clin d’oeil.

- Etonnant, non ? Tiens, je vais le rouvrir.
Et Minna d’actionner à son tour le mécanisme secret. -C’était astucieux, tu ne trouves pas ?

Olivier, hocha la tête. Mais Minna n’avait d’yeux que pour sa trouvaille.
-Tu crois qu’on pourrait l’ouvrir ?
Olivier regarda sa femme :
-Pour quoi faire ?
-Mais pour le lire, évidemment !
-Je ne sais pas. Cela me dérange un peu. N’est ce pas indiscret, même si ta tante est morte ?
-Mais j’en meurs d’envie, et toi aussi, je parie ! Je le vois dans tes yeux !

Minna se moqua gentiment de son mari.
- Que veux-tu que je te dise, je n’aime pas ça, ça ne s’explique pas. A ta place, je remettrais ce rouleau là où tu l’as trouvé et je vendrais le meuble avec son secret. Cela me paraît bien plus raisonnable !

Mais Minna était trop curieuse pour tenir compte de l’avertissement de son mari.

- Allons donc, que veux-tu qu’il nous arrive ! Je ne crains pas le fantôme de tante Cécile ! Elle était plutôt du genre sauvage de son vivant, ce n’est pas pour venir nous tirer maintenant par les pieds, la nuit, parce que nous aurons eu le toupet de lire ce petit billet ! Il renferme sûrement la confession d’une de ses amourettes de jeunesse. Je ne serais pas surprise d’apprendre qu’elle était du genre “fleur bleue”, la vieille fille ! Ce ne serait amusant, tu ne trouves pas ?

Olivier resta dubitatif et sur la réserve.

- Tu vas me photographier pendant que je l’ouvre. Il faut immortaliser ce moment historique.
Minna s’assit sur la courtepointe du lit et dénoua d’un geste décidé le lien de satin.

- Attends, tu ne croix pas que c’est…comment dire , sacrilège, d’entrer comme ça dans la vie de ta tante, sans y avoir été invitée ? De lui voler ses secrets !
Minna haussa les épaules.

- Mais non ! Elle n’est plus là de toute façon, et puis, qui te dit que ces papiers lui appartenaient. Tu te fais de ces soucis !

Le rouleau défait s’ouvrit comme une rose au matin, et laissa échapper plusieurs feuillets qui allèrent doucement virevolter avant de tomber comme d’humbles pétales sur la moquette.

Minna les ramassa avec délicatesse et les étala sur le couvre-lit. Avant de découvrir une écriture serrée, penchée et violette. Une écriture de femme, à tous les coups, se dit elle. Et elle commença à lire à haute voix, pour que son mari ne perde pas un mot du billet :

“Moi, Cécile Bonvallon, saine de corps et d’esprit, confie ce jour, 15 Décembre 1965, le bébé que je viens de mettre au monde à ma soeur Amanda, pour qu’elle l’élève, elle et son mari Philippe, comme leur propre enfant. J’ai toutefois demandé à Amanda de conserver à ma petite fille le nom que je lui ai choisi : “Minna !”

La voix de la jeune femme s’éteignit soudain comme une flamme de bougie qu’on souffle. Elle se brisa sur ce dernier mot. Curieuse et excitée comme une gamine, elle avait lu jusque là, d’un trait, avide d’en savoir plus, jusqu’au moment où ses yeux avaient buté sur ce nom : le sien ! La tête, un moment, lui tourna. Elle se dit que ce cela n’avait aucun sens. Amanda, sa mère, était malheureusement décédée il y a quelques années, dans un terrible accident de voiture. Olivier se précipita.

- Cela ne va pas, ma chérie ?
- Je ne sais pas, balbutia la jeune femme en tendant le feuillet vers son mari : lis ce nom : “Minna” ! Mon nom n’est pas si courant, et cette date de naissance, regarde, c’est la mienne ! Mon Dieu, Olivier, mais qu’est ce que cela veut dire ? Qu’est ce qui m’arrive ?

Olivier prit le mince feuillet des mains de sa femme et le replaça sur le secrétaire.

- Je ne sais pas.

Cela n’a sans doute rien à voir avec toi. Ce sont là de vieilles histoires, des choses qui appartiennent à une autre vie que la nôtre et ne nous regardent pas. Je t’avais dit de ne pas toucher à ces vieux machins, c’est malsain ! Tu te rappelles la tombe de Touthankamon, elle a porté malheur à tous ceux qui s’en approchèrent. Superstition ou pas, ça ne change rien pour les morts ! Remets ce rouleau en place et vendons ce meuble. Cela ne porte bonheur à personne de vouloir percer à jour les secrets des autres. C’est de la curiosité perverse, crois moi. Avant d’en savoir plus, et risquer, qui sait- peut être ta vie, et notre bonheur, oublions tout ça, cette lettre et ses secrets. Tu veux bien ?

Minna se laissa faire et Oliver l’entraîna vers la cuisine.

- Je mangerais bien un morceau, pas toi ?

Minna ouvrit le frigo et en sortit deux belles côtes d’agneau et des haricots verts, qu’elle mit aussitôt à faire réchauffer dans du beurre. Les côtes grésillèrent bientôt dans leur jus et Olivier, qui venait de faire un sort au pâté, se sentait déjà tout ragaillardi :

- Tu vas me faire le plaisir d’oublier toute cette affaire, chérie, et de ne plus céder à ta curiosité vraiment malsaine ! Nous allons remettre ce rouleau là où tu l’as trouvé. Et je ne veux plus entendre parler de cette histoire. C’est bien compris ?

Minna n’avait pas faim et avait à peine touché à sa viande.
- Mais enfin, Olivier, imagine, si c’est moi ce bébé, dont parle la lettre, réfléchis, ce serait épouvantable ! Tu penses à ce que cela voudrait dire ? Que mes parents ne seraient plus mes parents et qui serais-je alors ? La fille de cette vieille couenne toute racornie, qui ne m’a pas adressé la parole plus de deux fois dans sa vie ? Et maman, et papa, ne seraient-ils plus mes parents ? Mais qui seraient-ils alors ?

Minna éclata en sanglots. Olivier la prit dans ses bras et tenta de la consoler :

- Allons, que vas-tu chercher là ! Tout ça, c’est des bêtises, ta tante a vécu toute sa vie presque en recluse. Excepté le temps qu’elle a passé dans le secrétariat des bonnes-soeurs à faire leur comptabilité, elle n’a quasiment pas bougé de son fauteuil et de son potager ! C’était sûrement une sauvage, une misanthrope ! Comment aurait -elle eu le temps de faire un enfant, et avec qui, en plus ? Oublie tout ça et le plus vite sera le mieux. Ne suis-je pas là pour t’aimer désormais, et m’occuper de toi ? Qu’as-tu besoin d’aller déterrer, encore une fois, des histoires de bonnes femmes, qui ne nous concernent en rien ? Sois raisonnable !

Olivier essuya une larme qui coulait sur la joue de sa femme et l’embrassa. Il regarda sa montre et se leva comme si une guêpe l’avait brusquement piqué :

- Mon Dieu, j’ai rendez-vous à l’étude à deux heures pile. Pour ouvrir le testament “Desroches” ! Je n’ai pas une minute à perdre. Je t’appellerai dans l’après midi.
Olivier déposa sur la joue encore mouillée de son épouse un bref baiser et la força à sourire.

- Pas de bêtise, hein ? C’est lundi, tu vas à l’atelier de poterie, tout à l’heure ?

Minna hocha la tête. Olivier partit rassuré. Il était premier clerc dans l’étude de son père et comptait bien, dans l’année, reprendre l’étude à son nom. Il mettait beaucoup de coeur à l’ouvrage, avec toute l’impétuosité de sa jeunesse. Et Minna entendit les pneus de sa Golf égratigner l’allée, comme s’il en voulait personnellement à chaque caillou. Elle débarrassa la table et se fit un café. Décidément, elle n’avait pas la moindre envie d’aller à la poterie, cet après midi ! Les enfants de l’institut pédagogique, dont elle s’occupait bénévolement quelques après midis par semaine se débrouilleraient bien tout seuls, pour une fois, et de plus, ils avaient Ashley, une jeune américaine qui faisait un stage à la ville. Non, décidément, elle voulait savoir. Elle n’en dormirait plus si elle devait remettre le rouleau à sa place, comme le lui demandait son mari. C’était impossible. Elle brûlait même d’impatience de découvrir ce que cachait la suite de l’histoire.

Elle rangea la cuisine. Fit scrupuleusement la vaisselle et essuya la table. Pour revenir à la chambre de Cécile. Elle y retrouva le rouleau, exactement à la place où l’avait posé Olivier. Et reprit sa lecture. Même si ce qu’elle allait apprendre devait bouleverser sa vie, il fallait qu’elle sache ! Elle prit le morceau de papier dans sa main et, le coeur battant, poursuivit sa lecture interrompue :

“Maman n’eut pas trop de mal à convaincre Amanda qui était mariée depuis cinq ans, et désespérée de ne pas avoir d’enfant de son mari. “Il suffira, lui avait-elle dit, que tu fasses semblant d’être enceinte, pendant quelques mois. Te promener avec un coussin sur le ventre ne sera pas trop dur, et tu n’auras qu’à creuser les reins de façon caractéristique, pour accréditer l’authenticité de cette grossesse si désirée. Pendant ce temps, nous cacherons la petite chez toi. Ni vu ni connu ! Et personne ne saura jamais. Notre réputation est en jeu.”

Et ainsi fut fait ! Je passais la fin du printemps et l’été au fond du jardin d’Amanda, à apprendre l’anglais, puisqu’on avait dit à tout le monde que j’étais partie comme fille au pair à Bournemouth, en Angleterre. Mon ventre prenait doucement de la rondeur et me faisait horreur. J’avais quatorze ans ! Le pire est que je passais mon temps à revivre avec angoisse et terreur les moments affreux qui m’avaient mis dans cet état. D’abord, j’étais revenue à la maison en pleurs, toute sale et ma robe déchirée. Mais, heureusement, il n’y avait personne. Je me suis passé la figure à l’eau et me suis lavée au gant de toilette en frottant de toute mes forces. Et puis, j’ai recousu ma robe. J’ai dit à maman que je m’étais accrochée à une épine dans le chemin. Et elle m’a disputée. J’espérais que personne ne découvrirait jamais rien. L’horrible bonhomme ! Il m’avait dit que si jamais je l’ouvrais ou le dénonçais, il s’en prendrait à mon petit frère qu’une méningite avait rendu simplet. Je tremblais qu’il lui arrive malheur !

Cet homme était capable de tout, il me l’avait prouvé. Cela faisait des jours qu’il m’épiait, à mon insu. J’avais bien aperçu une grosse voiture noire qui n’avait rien à faire dans les parages. Cela m’avait intrigué, et même, je l’avoue, fait un peu peur, mais comme rien ne se passait, je l’avais oubliée. Et puis, un jour d’avril, alors que je m’amusais à cueillir des jonquilles en revenant du cours complémentaire où j’apprenais la sténodactylo, la voiture a débouché à l’endroit où le chemin donne sur la route. L’homme, rondouillard, d’un âge incertain et plutôt chauve, se pencha pour ouvrir la fenêtre de la portière et me parler. Il me dit qu’il était docteur, que ma mère venait d’avoir un malaise et qu’il venait me chercher. Inquiète, je ne mis pas un instant ses paroles en doute, et montai dans l’auto. Il se pencha vers moi avec un sourire paternel pour fermer la porte à clef, en m’expliquant que c’était plus prudent, et accéléra brusquement. Il prit à droite le chemin du bois.

“C’est un raccourci”, me dit-il. Puis, il rangea la voiture sur le côté, dans une sorte de petite clairière couverte de feuilles mortes. Là, je commençais à paniquer. Je lui demandais pourquoi il s’arrêtait là et il me dit de ne pas avoir peur. Qu’il ne me voulait aucun mal. Je voyais bien qu’il mentait. Je voulus ouvrir la portière mais elle était fermée. Son bras barrait ma poitrine et sa bouche m’empêchait presque de respirer. Son haleine m’étouffait et me répugnait. Je voulus crier mais il me dit que cela ne servirait à rien, car personne ne pourrait m’entendre. Que je ferais mieux d’être gentille et de me laisser faire.
Je ne peux raconter la suite. C’est un souvenir trop humiliant, trop douloureux, trop horrible pour que je puisse, même des années après, même aujourd’hui où j’ai dépassé la quarantaine, mettre des mots dessus. Cela bloque, là dans ma gorge. La honte sans doute ! Le sentiment inexprimable d’avoir été souillée à vie, humiliée, en un mot comme en cent, violée ! Son forfait accompli, l’homme se releva poussif, peinant à reprendre son souffle. Il me demanda si je le connaissais et je répondis que non.

C’est alors qu’il me menaça des pires représailles si jamais il me venait à l’idée, moi une sale petite traînée, de le dénoncer à mes parents ou à la police. Il me dit que je m’en tirais à moindre mal puisqu’il consentait à me laisser en vie, et me poussa dehors. Il me jeta mon sac de classe à la figure, et fit demi tour. Je vis la voiture s’éloigner et disparaître à la sortie du bois. Je me mis à sangloter en m’appuyant sur le tronc d’un arbre et m’avisai que ma robe était toute déchirée. Je fermai mon duffelcoat pour que personne ne le remarque et courus vers la maison. Les jours suivants, maman ne remarqua rien. Car je m’efforçais de ne rien laisser voir. Mais je ne tardais pas à m’apercevoir qu’il se passait quelque chose de bizarre. Je n’étais plus “indisposée” une semaine par mois, comme on disait à l’époque, et même si l’éducation que j’avais reçue était des plus sommaires sur ce chapitre, je n’étais pas sans savoir ce que cela signifiait.

L’horreur me submergea et la terreur d’avoir à confesser l’inavouable m’envahit. Je me mis à surveiller ma taille dans l’espoir imbécile d’arriver à dissimuler le plus longtemps possible ce que tout le monde allait un jour ou l’autre finir par apercevoir. Je ne quittais plus ma blouse qui avait l’avantage d’être assez large sur le devant, et je réussis à dissimuler mon état jusqu’au mois de juin, où ma mère découvrit évidemment le pot aux roses.

Remise de son état de choc, de sa surprise et de sa colère, elle me posa bien sûr l’inévitable question : qui était le père ? Mais le souvenir des menaces de l’homme me retint de parler. La pauvre n’apprit la nouvelle que bien plus tard, lorsque ma fille fût née et déjà grandette.

Un jour, elle me pressa de répondre à ses questions. Ne comprenant pas comment, moi, une fille aussi sage, qui ne fréquentait jamais de garçon, n’allait pas au bal, et ne sortait pour ainsi dire jamais, une telle chose avait pu m’arriver. Je lui racontais tout en pleurant. Elle me convainquit alors de décrire le type qui m’avait fait ça, et je vis le visage de ma mère virer au gris. Je compris qu’elle l’avait immédiatement identifié. La marque de sa voiture, qui ne passait pas inaperçue, la coupe impeccable de son pardessus, la description de son physique court sur patte, celle de son visage glabre et rond, de son crâne chauve, ne lui laissa aucun doute.

Elle resta sans voix une bonne minute et ne reprit la parole que pour me faire comprendre d’un ton solennel, que je ne devrais jamais, “au grand jamais ! m’as tu comprise ?” raconter cette histoire à qui que ce soit.

Nous étions des gens sans histoire, et il n’était pas question que cela ne le demeurât point. Mais à toi, ma fille, si un jour, j’ai le courage de te pardonner les conditions affreuses dans lesquelles tu es venue au monde, j’ai le devoir de te dire, si cette lettre arrive entre tes mains, qui est ton père. Ou plus exactement ton géniteur, tant le terme de “père” paraît ici déplacé”. A ce moment de sa lecture, la gorge sèche, le coeur au bord des lèvres, Minna crut qu’elle allait vomir. Mais elle réussit à se maîtriser. Il fallait maintenant qu’elle aille jusqu’au bout de l’horreur. Au bout de la vérité, aussi insupportable soit elle !

Et elle reprit sa lecture :
“L’homme à la déesse noire, ce pédophile infâme qui a gâché ma vie, alors que je n’avais pas encore treize ans révolus, en me dépossédant de ma jeunesse et de mon corps de femme, il faut que tu le saches, ma fille, cet homme immonde n’est autre que le notaire de notre ville,“ Jacques Delarbre” ! Lequel coule depuis son forfait des jours sereins dans sa belle propriété, et finit ses nuits au Sénat ! Oui, ma Belle, un notable irréprochable, un père de famille au dessus de tout soupçon, marié à une femme modèle. Une famille respectable ! Un homme à la réputation sans tâche, et qui arrangue les foules les veilles d’élection, avec la voix onctueuse d’un prélat !”

Minna cette fois, défaillit pour de bon. Elle crut qu’elle allait s’évanouir. Là sous ses yeux, s’étalait la vérité la plus monstrueuse, une vérité insoutenable, pire que tout ce qu’elle aurait pu imaginer. Elle la prit en pleine poitrine comme un coup de poing et perdit presque conscience. Elle était la fille de son beau-père !

D’abord, elle ne comprit pas jusqu’où allait l’horreur. Mais celle-ci lui sauta au visage toute griffe dehors, comme une chatte en chaleur : elle était la soeur de son mari ! Là, elle s’évanouit pour de bon et tomba sur le fauteuil, sans connaissance. Depuis un quart d’heure, Olivier tentait de joindre sa femme au téléphone. En vain. Cela devait faire un bon moment qu’elle devait être revenue de l’atelier. Elle n’y restait jamais plus d’une heure et demi, et il devait être cinq heures passées. N’y tenant plus, il sauta dans sa voiture et fonça jusque chez lui.

Il trouva Minna dans la chambre, évanouie. Mais en se dirigeant vers la salle de bain, pour y quérir un linge de toilette mouillé, il marcha sur le dernier feuillet que son épouse avait lâché et le ramassa. Ses yeux tombèrent sur la ligne fatidique, celle qu’il n’aurait jamais dû découvrir. Et lut … Il reprit la lettre à son début, la dévora et pâlit. Il avait du mal à respirer, à déglutir.

Voilà pourquoi la pauvre Minna gisait là sur le fauteuil, comme une fleur coupée ! Il alla dans la salle de bain chercher de l’alcool de menthe et la ranima. Quelques jours plus tard, un effrayant fait divers mit la presse locale sens dessus-dessous. Un homme, un jeune marié, avait tiré à bout portant, avec un fusil de chasse de calibre 12 sur son père, un notable bien connu de la région, avant de retourner l’arme contre lui. Il avait pris soin toutefois, dans l’après midi, de régler son compte à sa jeune épouse, en lui tirant dans le dos, au travers de son fauteuil en osier. La jeune femme, ont pu constater les policiers, est morte sur le coup. Les causes de ce drame familial, conclut l’article, ne sont, à ce jour, pas encore élucidées.

FIN

L'enterrement de l'oncle

04/07/2008 23:14 par happy-halloween

  • L'enterrement de l'oncle

    L'enterrement de l'oncle

    04/07/2008 23:14 par happy-halloween

L'enterrement de l'oncle

Marie Creac'headic, jeune fille de quinze à seize ans, était servante à la ferme de Kervézenn, en Briec. Non loin de Kervézenn, s'éteignait doucement, dans une chaumière isolée, un vieillard aveugle qui était l'oncle de Marie, à la mode de Bretagne, et à qui elle allait quelquefois faire visite.

Un matin, elle s'en revenait de Quimper, où elle avait coutume d'aller chaque jour porter du lait, avec une petite voiture à bras. On était en hiver et il faisait à peine jour.

Marie se trouva tout à coup devant un char à bancs, dont un paysan, qu'elle reconnut, conduisait le cheval par la bride. Elle n'eut que le temps de se garer, avec sa voiture, dans la douve.

Le char à bancs passa : elle vit qu'il contenait un cercueil. Derrière, venait le porteur de croix, puis un prêtre, le recteur de Briec, et enfin le cortège funèbre. Marie ne fut pas médiocrement surprise de voir que le deuil était mené par les plus proches parents de son oncle aveugle.

- Allons, se dit-elle, il paraît que mon oncle est mort.

Elle rentra à Kervézenn, tout attristée, un peu dépitée aussi qu'on ne lui eût pas fait part de la mort du pauvre vieux, qu'elle aimait beaucoup.

La maîtresse de maison, remarquant qu'elle avait l'air tout drôle, lui demanda :

- Qu'est-ce donc qui vous est arrivé, Marie ?

- Il m'est arrivé que je viens de croiser le convoi funèbre de mon oncle, et qu'on n'a pas daigné me faire part de sa mort.

La maîtresse de maison se mit à rire.

- Vous avez rêvé, ma fille; car, certes, vous n'étiez pas bien réveillée quand vous avez vu ce que vous dites. Si votre oncle était mort, on l'aurait su dans le quartier.

- Eh bien, répondit Marie, j'en aurai le coeur net !

Et elle alla, d'une course, jusqu'à la chaumière.

Elle y trouva le vieil aveugle, couché, comme à son ordinaire, dans le lit clos, auprès de l'âtre. Seulement il avait la face toute jaune et ne respirait presque plus.

Une de ses filles qui était là, avec d'autres parents, invita Marie à se joindre à eux pour la veillée, cette nuit-là, en ajoutant que ce serait sans doute la dernière.

Elle ne manqua pas de s'y rendre.

Comme elle était un peu fatiguée de sa journée, elle s'assoupit, au bout d'une heure ou deux. Soudain, il lui sembla que quelque chose de lourd venait de heurter contre la porte. Elle se réveilla en sursaut, et s'aperçut que les autres veilleurs, eux aussi, dormaient d'un sommeil profond.

La porte cependant s'était ouverte.

Marie vit entrer un cercueil qui fut déposé par des mains invisibles sur le marche-pied coffre qui se trouve au bas du lit.

Elle eut grand-peur et se tint bien coite à la place où elle était assise. Elle serra même très fort ses paupières sur ses yeux.

Mais, quand elle ne vit plus, elle entendit..., elle entendit les mains mystérieuses fourrager dans le cercueil parmi les rubans de bois ou ripes qu'on étend sous les cadavres et le chanvre peigné qu'on tord en guise d'oreiller sous leur nuque.

En ce moment, l'oncle fit un long soupir.

A l'aube, on constata qu'il était déjà froid.

Marie Creac'hcadic s'en fut à Kervézenn, le coeur chaviré, prier qu'on voulût bien lui permettre d'assister à l'enterrement. Mais la maîtresse de maison lui fit observer que les pratiques de la ville attendaient leur lait, qu'elle n'était d'ailleurs que la parente éloignée du mort et qu'elle s'était suffisamment acquittée envers lui en le veillant toute une nuitée.

La pauvre fille dut se résigner. Elle s'attela à la petite voiture et se dirigea vers Quimper. Elle rencontra l'enterrement le vrai, cette fois au même tournant du chemin où elle avait déjà croisé l'autre.

Craignant qu'on ne lui fît reproche pour n'être pas venue se mêler au cortège, elle se jeta dans un champ dont la barrière était ouverte.

Elle attendit là, en regardant à travers les ajoncs du talus, que le convoi se fût éloigné. Elle s'apprêtait à quitter sa cachette, quand elle fut clouée sur place de stupeur.

Voici que, par la route, s'avançait, d'un pas hésitant, un vieux à la figure jaune comme cire, et c'était son oncle, son oncle l'aveugle, qui suivait à distance son propre enterrement.

Pour le coup, Marie Creac'hcadic s'évanouit d'épouvante. Des gens qui passaient par le champ la trouvèrent une heure plus tard, qui gisait dans le fossé. Ils la rapportèrent à Kervézenn, à demi morte.

FIN


Histoire : Un amour fantôme !

27/06/2008 05:08 par happy-halloween

  • Histoire : Un amour fantôme !

    Histoire : Un amour fantôme !

    27/06/2008 05:08 par happy-halloween

Un amour fantôme

Un jour en Normandie….

Aurélia, appuyée sur la rambarde en pierre imitation bois qui protégeait le vieil escalier de l’à-pic dominant la falaise, rêvait en regardant moutonner la mer. On était au mois d’août, mais cet après midi, après la forte chaleur des derniers jours, la météo avait viré à l’orage.

La plage, au dessous d’elle, était quasiment déserte et un vent frais faisait virevolter ses cheveux roux. On voyait quelques parasols avec leur robe repliée en grosse écharpe nouée à la taille. Ils faisaient des tâches de couleurs vives. De rares enfants armés d’un seau et d’une pelle, jouaient comme elle autrefois, à construire d’éphémères châteaux de sable qui défiaient les vagues. La mer remontait, elle était couleur de galet. Le ciel était à l’avenant, mais le fond de l’air restait doux, comme un pyjama en pilou.

C’était grisant et un peu magique pour elle de se retrouver là. Pendant que Roger, son ami, était resté à la ferme près de Caen, pour déchaumer. Son fils, à Paris, avait trouvé un job d’été, et achevait de réviser pour ses examens de septembre. Alors, elle était venue seule. Le notaire de Benerville l’avait appelée la veille, pour signer le compromis de vente.

Il lui avait lu la litanie habituelle, et elle avait signé comme dans un rêve ! D’ailleurs, depuis que l’Oncle Barnabé était décédé fortune faite et sans héritier, elle vivait sur un petit nuage. Vingt Millions de francs qui lui tombaient sur la tête, comme ça sans prévenir, cela avait de quoi vous retourner les sangs ! Aurélia réalisait à peine. Elle avait mis l’argent à la banque sur un compte qui lui rapportait 5%, pour ne pas se poser de questions et elle était partie en vacances au bord de la mer. Quelques jours pour faire le point. Seule.

Et elle avait vu cette maison. Presque abandonnée et qui témoignait d’un passé qui avait dû être prospère autrefois ! Au bord de la falaise, elle montait la garde, comme une sentinelle d’un autre âge. Elle dominait la plage, tout en bas. Du balcon des chambres et de la salle à manger, on voyait les vagues qui festonnaient le rivage en moussant et l’horizon baré d’un ciel gris que sillonnaient inlassablement des silhouettes de cargo. Aurélia l’avait trouvée à son goût. Avec ses colombages délavés, ses ardoises qui lui rappelaient l’éternel ciel gris de Normandie, son toit qui faisait une avancée audacieuse, comme pour vous dire qu’il entendait bien protéger ses habitants des embruns commes des vents et des pluies incessantes qui, ici, viennent, en toutes saisons, vous fouetter le visage.

La décoration intérieure laissait autant à désirer que l’extérieur. Mais les fenêtres qui s’ouvraient largement sur le ciel et la mer, les hauts plafonds et le mobilier fin XIX, que la vieille propriétaire avait vendu avec la maison, n’étaient pas dépourvus de charme. Sans parler de l’accès direct à la plage, par un escalier en colimaçon. De palier en palier, il épousait toutes les failles de la roche escarpée, et bon gré mal gré, finissait par atterrir sur le toit en béton armé d’un blochaus de la dernière guerre. L’entrée en était complètement ensablée et il suffisait d’un petit saut pour atterrir sans encombre sur le sol doux de la plage. Aurélia jeta sa serviette éponge ainsi qu’un livre sur le sable.

Sa montre marquait deux heures de l’après midi. Elle avait mangé un steak haché, des pommes de terre sautées et une tranche de melon en dessert. Un coup d’oeil sur la mer et elle constata que celle ci remontait à grandes enjambées. Bientôt, elle serait là tout près, à lui lécher les talons. Les grandes marées ayant considérablement réduit la languette de sable sec ! Mais elle n’en avait cure, sachant qu’aucune vague ne s’enhardirait à venir lui mouiller sa serviette.

Elle s’était confortablement installée. Elle venait juste de rouler son pull autour de ses chaussures pour s’en faire un oreiller, qu’une personne se découpait sur le ciel en ombre chinoise, entre elle, le sable et l’horizon. Elle se releva et cligna des yeux.

Malgré les nuages, la lumière était vive. L’inconnu la toisait. Sans hardiesse, ni vergogne. Tout naturellement. Il était blond, dégingandé, d’un âge incertain entre trente et quarante ans, le cheveux raide, les yeux bleus, habillé d’un short long beige, et d’une chemise claire avec, détail élégant, une fine écharpe de soie blanche négligemment portée autour du cou.

Il s’asseya dans le sable à côté d’elle. Elle le laissa faire. Elle le regarda négligemment, en songeant qu’il ressemblait étonnamment, en plus jeune, à la photo que sa mère lui avait donnée en partant. Celle ci montrait l’oncle Barnabé, faussement désinvolte, la cinquantaine dépassée, un club de golf à la main. La photo avait été prise une dizaine d’années auparavant.

Barnabé était le plus jeune frère de sa mère, de quinze ans son cadet, un dandy, qui avait toujours eu dans la vie une veine sans nom, et le seul survivant de tous ses frères et soeur ! Jusqu’à ce mois de février où il avait brutalement disparu, en Afrique, Dieu sait où, dans un accident d’avion mystérieux. Une mort qui lui allait bien, avait commenté Louise, sa soeur, et la mère d’Aurélia. Barnabé n’aurait pas pu mourir comme tout le monde dans son lit et de vieillesse !

Décédé sans enfant, il avait laissé un testament, où il faisait de sa nièce, qu’il avait pourtant fort peu connue, sa seule héritière. Au détriment de Louise et de ses quatre autres enfants et petits-enfants.

Aurélia, intriguée, regardait l’inconnu, se demandant ce qu’il faisait là, pourquoi il ne disait rien, et qui allait parler le premier. Il n’était pas dénué de charme. Toutefois, son attitude présente la déroutait trop pour qu’elle anticipe sur ce côté de sa personnalité.

D’un seul coup, il lui demanda si elle venait souvent par ici. Si elle était en vacances, et si l’endroit lui plaisait.

-Vous êtes un elf, un magicien, un être virtuel, l’amant de Lara Croft, ou un fantôme, pour surgir comme ça de rien, d’un nuage ou d’un grain de sable ? Je ne vous ai même pas vu arriver ! Et puis, qui êtes vous, pour me poser toutes ces questions ?

-Personne, je passais par là, et j’ai vu votre serviette sous mes pas, c’est tout. Et puis, je vous ai vue, vous, et ça suffit comme explication, non ? Je vous trouve sympathique, c’est pourquoi, je me suis arrêté. Mais si ma présence ou ma conversation vous dérangent et que vous souhaitiez prendre votre livre, je vous laisse.

Il fit mine de se lever. Aurélia, trop curieuse, l’en dissuada.
-Non, ne partez pas, vous m’intriguez !

Un éclair illumina son regard gris. Aurelia fut instanément sur ses gardes, non pas que l’inconnu lui fît peur, mais elle avait détecté l’éternel tombeur. Le séducteur invétéré. Elle se rembrunit. Il s’en aperçut.

-Ca va être difficile de faire connaissance, je crois.
-A vous de voir, répliqua Aurélia. Qui se demandait ce qu’elle préférait, qu’il parte ou qu’il reste ! Elle brulait de savoir qui il était et surtout, ce qu’il faisait là.
-Vous êtes en vacances, comme tout le monde, je suppose, se hasarda-t-elle à dire.
-En week-end, serait plus juste. Je passais par ici en coup de vent, et je suis tombé sur vous.
-C’est aussi simple que ça ?
-Oui.

Le silence reprit le dessus. Aurélia jouait avec la sable, le faisant couler entre ses doigts.

-Vous vous plaisez ici, reprit l’homme ?
-Oui. Beaucoup.
-Et cela fait longtemps que vous venez ici ?
-Non, je viens d’arriver !
-Comme moi, alors?

Ils rirent spontanément et de bon coeur.

-Comme deux inconnus qui se croisent et n’avaient aucune raison de se rencontrer.
-Peut être, et peut être pas, allez savoir ! Répliqua l’inconnu. Il serait indiscret de vous demander comment vous vous appelez ?
-Non, mon nom est Aurélia.
-C’est rare et joli !
-Ah bon ? Mes parents avaient du goût alors ?
-Sans doute.
-Et vous ?

Il marqua un temps d’arrêt. Mon nom commence par un B.

-C’est un secret d’Etat ?
-Quoi ?
-Eh bien, votre nom ! B…. C’est un peu juste, non ?
-J’aimerais que cela vous suffise. Vous voulez que je vous dise n’importe quoi ? B, comme Bebert ou Bernard, ou Bertrand ou..
-Non, dites moi seulement comment je dois vous appeler !
-Ne m’appelez pas, ou bien appelez moi Monsieur B.
-Bon, alors,je ne vous appellerai pas !
-Mauvais caractère, avec ça ! Mais jolie !
-Vous êtes insolent et si vous me fâchez, je risque de vous demander de ne plus m’importuner.
-Vous êtes bien trop curieuse pour ça !

Piquée au vif, Aurélia, sentit la colère lui monter aux joues.
-Vous ne manquez pas d’air !
-Je me trompe ?
-Bien sûr que non, mais cela ne vous donne aucun droit, et en particulier pas celui d’être grossier.
-Je vous demande pardon. La seule chose qui m’intéresse est de savoir si vous êtes contente d’être ici.
-Evidemment ! Cela ne se voit pas ? Mais j’étais venue me délasser, pour faire le point dans ma vie et vous… Vous surgissez et me dérangez à me poser tout un tas de questions sans queue ni tête. Qu’est ce que ça peut bien vous faire, si je me plais ici ou pas ?
-Ca m’intéresse, c’est tout.
-Pourquoi ? Vous ne me connaissez pas ?
-Mais si je vous connais. Enfin, il me semble que je vous connais.
-On se serait déjà vus quelque part, vous et moi ?
-Allez savoir, vous êtes peut-être cette femme belle et mystérieuse, que dans une autre vie peut être, j’ai déjà vue, et dont je me souviens ?
-Vous aimez citer les poètes, pour éviter de me répondre ?
Il sourit.
-Réciter un bout de poème n’engage à rien, et ça ne fait de mal à personne.
-Vous êtes un charmeur, vous le savez ?
-Oui, je le sais. Cela ne vous plait pas ? Avouez que si !

Ils rirent
-Je n’avouerai rien du tout !

Pendant deux heures, ils conversèrent ainsi. Un dialogue pour ne rien dire. Pour passer le temps. Pour rire. Où chacun pouvait, tour à tour, vérifier l’emprise grandissante qu’il avait sur l’autre. Et faire prendre la sauce.

Une rencontre, c’est un jeu de hasard, un jeu où l’on s’implique en faisant croire le contraire. La mer avait monté et s’était arrêté juste à leurs pieds. Il avait fallu reculer la serviette et l’étaler au raz du blockhaus qui offrait sa pierre chaude comme dossier improvisé.

Les jeunes gens s’y appuyèrent.

-Vous habitez ici, s’enhardit l’homme ?
-Oui, au pied de cette falaise. Vous voyez la maison normande, tout là-haut. Celle qui domine la plage ? C’est chez moi.
-Ah bon ? Je croyais que cette maison appartenait à la vieille Marie Durville ? La fille du médecin, une vieille fille de par ici, mais qui ne vient plus guère, depuis que son frère lui a proposé d’habiter chez lui, à Rouen !
-Oui, cette maison lui appartenait bien. Mais je viens de la racheter.
-Ah, c’est tout nouveau alors ? Vous êtes riche, dites-moi ! Vous faites quoi dans la vie ?
-Vous alors, vous ne manquez pas de toupet ! Vous êtes curieux comme il n’est pas permis, vous ne me dites rien sur vous, et voulez tout savoir de moi !
-Ne faites pas semblant d’être furieuse !
-Si !
-Vous voulez savoir quoi au juste ? Que je suis le fils d’un charpentier ? Un homme qui s’est enrichi en faisant fructifier le capital qu’il avait hérité de son épouse et qui a passé le plus clair de sa vie à arrondir des capitaux déjà conséquents, en investissant dans les plate-forme off shore ? Bref, quelqu’un qui n’a nul envie de s’ennorgueillir d’une vie aussi désastreusement plate, et totalement égocentrique ! Vous trouvez ça intéressant ?
-Je vous avoue que non ! Enfin, si ! Mais, pourquoi êtes vous si dur avec vous-même ?
-Je ne suis pas dur, je suis réaliste, et vous avez voulu que je vous dise qui j’étais. Voilà, vous pouvez être contente. N’est ce pas ? Maintenant vous savez !

Aurélia faisait la moue.
-Vous voyez, j’avais raison de me taire. Il vaut mieux que nous parlions de vous.
-Vous êtes marié ?
-Non. Mais pourquoi, toujours parler de moi. La peine n’en vaut pas la chandelle. Dites-moi plutôt pourquoi vous avez décidé d’acheter cette maison ?
-Je l’ai achetée sur un coup de tête, après que mon oncle soit décédé d’une mort aussi subite que mystérieuse, et qu’il ait fait de moi, pour une raison inconnue, son unique héritière !
-Pour un coup de chance, c’est un coup de chance !
-Vous le connaissiez, je suppose, cet homme ?
-Pas du tout. C’était le plus jeune frère de ma mère, et je ne l’ai jamais vu qu’en photo, ou à la sauvette, quand j’étais petite.
-Mais alors, pourquoi vous a t-il légué sa fortune ?
-Dieu seul le sait. L’oncle Barnabé a emporté la réponse avec lui, si toutefois, il la connaissait, ce dont je doute. Car il n’avait aucune raison objective de me choisir.
-Il vous trouvait croquignolette quand vous étiez petite, lui qui n’avait pas d’enfant. Allez savoir ? Vous l’aviez sans doute marqué ?
-Peut être ! Mais ma mère est furieuse.
-Oh, les histoires d’héritage ! Elles divisent les familles plus qu’elle ne les rapprochent. Mais vous frissonnez ? Nous devrions rentrer.

Elle le vit se lever, l’aider à ramasser ses affaires, lui tenir le bras élégamment à la manière des galants d’autrefois, et sourit intérieurement. Cela aurait dû l’ennuyer qu’il s’impose ainsi. Qu’il lui lui tienne la jambe et ne la lâche plus. S’immiscie dans sa vie, et fasse l’importun. Mais elle était curieuse, intriguée et presque charmée. C’était bizarre comme sensation. Elle le laissa faire.

Ils montèrent l’escalier escarpé et taillé moitié dans le rocher, moitié en corniche, et qui saillait parfois presque dangereusement dans le vide. Aurélia aurait presque eu le vertige, si une ballustrade en ciment, imittant des branches mal dégrossies, n’avait protégé l’ascenssion. Ils débouchèrent sur une jolie terrasse abritée du vent et qui prolongeait le salon. La porte fenêtre était ouverte à deux battants.

-Je vais nous faire un peu de thé. Vous en prendrez une tasse avec moi ?

Aurélia s’en voulut instantanément de son audace. Mais qu’est ce qui lui prenait d’aller au devant des avances de cet inconnu ? Et voilà maintenant qu’elle l’encourageait !

Il lui sourit, ravi, et ne refusa pas. Il jeta un regard sans conviction sur la pièce à la décoration désuète et au mobilier d’un autre âge.
Aurélia sentit comme une gène et eut envie de se disculper

-J’ai acheté le mobilier avec la maison. Bien sûr, tout cela nécessite une sérieuse réhabilitation. Mais je crois que je vais faire des merveilles. J’adore le style de ces meubles. Avec des couleurs appropriées, je meurs d’envie de leur rendre leur lustre d’antant et leur joie de vivre ! J’ai envie de donner un petit air marin à cette pièce.
-Vous allez vous éclater, je le sens.
-Cela a l’air de vous faire plaisir !

Aurélia apportait le thé fumant et disposait déjà les tasses sur la nappe. Elle ouvrit un petit paquet de palmiers, s’excusant de n’avoir rien de plus sophistiqué à offrir.
-Mais oui, l’idée de vous voir heureuse me plaît.
-Merci !

Cet homme qui surgissait dans sa vie, lui disait des choses gentilles, sans aucune raison pour le faire, c’était presque surréaliste, comme le tour que prenait sa vie depuis quelque temps.

Aurélia était sur un petit nuage. Elle sentait qu’elle quittait terre, mais cela n’avait plus d’importance. Il n’y avait pas d’autre explication : elle rêvait. Ils burent leur thé. Fumèrent une cigarette blonde en silence jusqu’à ce ce que le regard de son interlocuteur se pose sur le cadre qu’elle avait posé sur le buffet. Un cadre en argent, où l’oncle Barnabé prenait une pose avantageuse, dans sa tenue de golf un peu snob.

-Vous regardez cette photo ? C’est mon oncle Barnabé, celui qui m’a légué sa fortune. D’ailleurs, ne riez pas, mais je trouve que vous avez un air de famille avec lui. Si je n’étais pas sûre qu’il soit mort sans descendance, j’aurais juré que vous pouviez être son fils !
L’inconnu rit.

-Son fils ? Ah non vraiment ! Vous ne me flattez guère. Je ne voudrais pour rien au monde ressembler à cet individu !
-Il ne vous plaît pas ?
-Pas du tout ! D’ailleurs, je vous trouve un peu dure de me trouver une ressemblance avec lui ! Je n’ai ni sa bedaine, ni sa suffisance !

D’un seul coup, il s’enhardit. Il lui prit le menton avant de l’embrasser et lui demanda si elle trouvait que son oncle avait autant de charme que lui. Aurélia sourit sans répondre, ayant depuis longtemps abdiqué toute défense. Elle avait décidé de se laisser emporter par le destin où que celui-ci l’entraîne. Elle savait qu’ils allaient faire l’amour. Et que cela allait contre tous ses principes. Qu’elle ne partageait pas la morale de l’époque qui laissait à entendre que tout était licite, qu’on avait le droit de s’éclater comme on voulait, fût ce avec un inconnu ! Tout en elle protestait ou presque. Mais elle n’en laissa rien paraître. D’ailleurs, vu de l’extérieur, personne n’eût pu douter de son consentement. Avec son sorps qui s’abandonnait, ses lèvres qui s’entrouvraient comme dans une invite voluptueuse, son ventre qui se collait à lui de la manière la plus suggestive, il eut fallu à l’inconnu un savoir vivre dépassé (si tant est qu’il ait jamais existé !), pour ne pas succomber et sauter sur la bonne occasion.

Il l’entraîna dans la chambre, prit ses lèvres, dégraffa son corsage mais sans hâte, avec douceur et courtoisie. Bien sûr, ils firent l’amour longuement et tout en tendresse. Aurélia crut qu’elle était au paradis. Sentant son amant profondément ancré en elle, elle jouit comme cela ne lui était plus arrivé depuis des mois.
Peut être, des années !

Lorsqu’elle se réveilla tard dans la nuit, le ciel tout étoilé brillait au-dessus de sa tête, la porte fenêtre de sa chambre étant restée grande ouverte. Les draps autour d’elle étaient froissés. Le lit, sens dessus- dessous. Mais il n’y avait personne dans la chambre. Elle se leva et constata que la salle à manger où ils avaient pris le thé était parfaitement propre et bien rangée. La cuisine, dans le même état impeccable, ne révélait rien de leur dinette improvisée. Les tasses étaient rangées dans le placard. Le torchon propre et bien repassé pendait sur son support, comme s’il n’avait jamais servi. La boite à thé trônait sur l’étagère, là où elle l’avait mise en revenant du super marché, sans que rien laisse supposer qu’on l’avait bougée. Elle l’ouvrit et regretta qu’il s’agisse de thé en vrac. Elle ne pouvait compter s’il manquait ou non des sachets. L’appartement était deséspérément vide. Elle se mit à douter qu’elle avait fait l’amour.

Avait-elle rêvé cette journée ? Avait-elle eu l’un de ces rêves érotiques qui vous font décoller du lit ? Et la rencontre sur la plage ? Le garçon énigmatique aux cheveux blonds qui lui avait fait la conversation tout l’après midi, et l’amour toute la soirée, n’était ce qu’un tour de son imagination ?

Elle se sentait devenir folle. Elle regarda sa montre. Appela son fils au téléphone, qui bougonna parce qu’elle l’avait dérangé au milieu de son film. Et enfin, eut son ami qu’elle réveilla. A moitié endormi, il lui demanda si tout allait bien. Si elle avait signé chez le notaire comme prévu. Et si rien n’était changé au programme. Il était convenu qu’il vienne passer le week-end avec elle ! Elle le rassura, et le laissa se rendormir. N’y tenant plus, elle descendit l’escalier, dans l’espoir de retrouver près du blockaus la trace qu’ils avaient faite tous les deux dans le sable de l’après midi, mais une machine à ramasser les algues et à ratisser était passée, et l’on ne voyait plus que les raies régulières du rateau et les traces fraîches de ses pieds à elle.

Découragée, elle remonta, inspecta la plage des yeux, et le moindre recoin d’ombre, en vain. Il n’y avait pas trace du bel inconnu. Elle remonta chez elle, ouvrit la porte du perron qui était fermée à clef de l’intérieur. Fouilla les massifs d’hortensias, scruta le gravier de l’allée. Rien ! Il fallait se rendre à l’évidence : ou elle avait révé et prenait ses rêves pour la réalité ou bien, un inconnu lui avait fait une farce de bien mauvais goût ! Quoi qu’il en soit, le mystère était entier et risquait de la rendre folle un bon moment. Elle passa une mauvaise nuit, se tournant et se retournant sans cesse dans son lit désespérément vide et froid.

Au matin, n’y tenant plus, elle décida d’appeler sa mère sur son portable mais depuis un café. Pour se rassurer. Elle fouilla du regard les passants, la rue, le comptoir, pour voir si par hasard, elle ne pourrait pas reconnaître son inconnu de la nuit. Mais toujours rien !

La sonnerie retentit. Louise avait la voix claire d’une jeune fille malgré ses soixante-quinze printemps. Et l’allure distinguée. Rien à voir, se plaisait-elle toujours à dire, avec son vaurien de frère. Qui se l’était coulé douce durant toute sa vie, sans rien faire de bien de ses dix doigts, hormis séduire les jupons !

Elle claironna un bonjour retentissant et demanda à Aurélia si elle était contente de sa nouvelle maison et si le temps s’était levé. Effectivement, un petit rayon de soleil tentait une percée entre deux nuages et augurait bien de la journée.

-A propos, demanda Aurélia, d’un ton, qu’elle espérait détaché. Pourrais-tu me dire qu’elle avait été la source de la fortune de l’oncle Barnabé ?

Louise partit d’un rire cristallin : oh, le vaurien, raconta-t-elle ! Il avait épousé une riche héritière, orpheline de ses parents, beaucoup plus jeune que lui, et qui était morte en couche à la naissance de leur premier bébé. Après cela, il n’avait plus rien fait d’autre que de vivre de ses rentes, chanceux en affaire, flairant toujours le bon coup. Un autre de ses talents avait fait de lui un séducteur invétéré. Bref, une vie de baton de chaise ! Louise avait peu d’estime pour Barnabé, et si leur père était encore de ce monde,( un honnête charpentier !), il serait bien d’accord avec elle. Son fils avait été de la mauvaise graine. Qu’il repose en paix ! Et puisqu’il t’a choisie, ajouta-t-elle, toi sa nièce, comme seule héritière, essaie de faire bon usage de son argent, ma fille ! Tu vas retaper la maison et la louer ensuite à une agence ? Bonne idée ! Et puis, on pourra y venir en dehors des périodes de vacances avec toute la famille. Ce sera notre consolation d’avoir été ainsi évincés. Aurélia approuva. Elle raccrocha, plus perplexe que jamais. Elle reprit sa voiture et la direction de Bénerville. Et retrouva la maison, sa maison désormais, toujours à sa place et les clefs dans ses mains. Le blockhaus au pied de la falaise n’avait pas bougé non plus.

Elle se dit que le mieux qu’elle avait à faire était de chercher une entreprise. Pour tout changer, tout rénover et chasser les miasmes du passé !
L’intérieur serait super moderne, se jura t-elle. Et elle n’y remettrait les pieds que dûment accompagnée !

Ce fumier de Barmabé ! S’il osait remontrer le bout de son nez, fût ce à l’état de fantôme, aurait à qui parler ! En attendant, elle se promit d’oublier a jamais cette histoire ridicule.

FIN

 

Légende du poulain

27/06/2008 05:04 par happy-halloween

  • Légende du poulain

    Légende du poulain

    27/06/2008 05:04 par happy-halloween

Le poulain

Au mois de mai 1899, une sorte de poulain, ayant une crinière de lion, se promenait la nuit dans les champs de la ferme de la Hellière, près de Bain-de-Bretagne. On l’a même aperçu, en plein jour, dans une pâture près des habitations.

Des chiens de garde, très méchants, ont été détachés le soir et n’ont jamais consenti à poursuivre cette bête. Ils rentraient aussitôt en tremblant dans leurs niches, la tête basse, la queue entre les jambes.

Voici ce que l’on raconte au sujet de cette apparition :

Il y a environ dix ans, le corps d’une jeune femme, morte sans le secours de la religion, fut trouvé, un matin, à l’entrée de l’avenue qui conduit à la Hellière, ancien manoir converti en ferme. On a supposé que c’était elle qui revenait sur la terre, sous la forme d’un animal fantastique.

Les gens les plus braves n’osaient sortir, le soir, et tout le monde était effrayé.

Un prêtre est allé sur les lieux, a dit des prières pour la défunte, a relevé le courage des hommes, a rassuré les femmes et les enfants, et, depuis ce moment, le poulain à la crinière de lion, ne se montre plus, et le calme commence à renaître dans les esprits.

FIN