La gourde est une courge qui sert d'objets usuels !
11/10/2007 02:02 par happy-halloween
Des objets usuels
Du récipient à la cabane d'oiseau 
La forme des gourdes détermine la récipient, que se soient des calebasses, des marmites, des gamelles, des contenants pour récolter l'eau de pluie, etc...
En Argentine, on utilise une petite gourde pour boire le fameux mate, ce thé très populaire fait à partir des feuilles de Ilex paraguariensis. La gourde est évidée, sculptée. Ensuite, on confectionne en métal un couvercle dans lequel on insère une tige de métal creuse (comme une grosse paille) appelée Bombilla et souvent décorée d'anneaux d'argent. Selon les natifs de l'endroit, le Mate conserve tout son arôme. Au Pérou, dans l'écorce de la chiclayos, cette grosse courge pâle dont le coeur a la douceur des fraises, on taille des écuelles. On en fait aussi des pipes, des masques, etc... Décorée avec un art consommé on la retrouve en Afrique et au Pérou. La forme de la poire nous ont permis de retracer des visages aux traits expressifs, figures d'époque dont la base représente des scènes quotidiennes. Encore de nos jours, en Amérique latine et au sud des États-Unis, nous retrouvons encore des artistes qui ont repris et adapté cet art magnifique qu'est la sculpture de la gourde comme le démontre Nancy Pendleton de Santa Fe au Nouveau Mexique. En Inde, on en a fait des sitars; en Afrique, des tambours. Les esclaves noirs psalmodièrent leur condition sur des gourdes munies de cordes. Aux Antilles, en Amérique du Sud, la calebasse à l'écorce vert foncé dont la cavité centrale est remplie de graines, est séchée pour qu'on puisse danser au son des maracas et des marimbas. Les noirs de la Nouvelle-Orléans grattent toujours le banjo dont la citrouille a été le caisson sur les champs de coton. Étonnant mais vrai chez les hommes des tribus de Nouvelle-Guinée, aussi bien que chez certains peuples d' Afrique ou du nord de l'Amérique du Sud. Ils enfilaient leur précieux organe dans ce manchon improvisé. La logique nous permet de croire qu'ils utilisaient la variété banana mais nous pouvons nous attendre aux plus grands délires de forme et de décorations. Si les courges jouaient le "jockstrap" protecteur elle avait aussi un rôle important dans la hiérarchie sociale et ce n'était pas l'organe de n'importe qui qui avait droit à ce traitement de faveur. La gourde faisait tellement partie de la culture vers les années 1800, que la République d'Haïti donna son nom à sa monnaie locale et La Gourde continue à avoir cours aujourd'hui.
Des objets décoratifs 


Voire même des protecteurs de pénis
Monnaie 

Qui sont les vampires ?
Selon les mythes, légendes ou auteurs, le vampire dispose de forces ou de faiblesses différentes. Ainsi, dans le roman de Bram Stoker, les facultés de Dracula sont énumérées de façon précise par l'un des personnages, le docteur Van Helsing :
« Il faut savoir que le nosferatu ne meurt pas, comme l'abeille, une fois qu'il a fait une victime. Au contraire, il n'en devient que plus fort ; et, plus fort, il n'en est que plus dangereux. Il se sert de la nécromancie, art qui, comme l'indique l'étymologie du mot, consiste à évoquer les morts pour deviner l'avenir, et tous les morts dont il peut approcher sont à ses ordres. Il peut, avec pourtant certaines réserves, apparaître où et quand il veut et sous l'une ou l'autre forme de son choix ; il a même le pouvoir, dans une certaine mesure, de se rendre maître des éléments : la tempête, le brouillard, le tonnerre, et de se faire obéir de créatures inférieures, telles que le rat, le hibou, la chauve-souris, la phalène, le renard et le loup ; il peut se faire grand et se rapetisser et, à certains moments, il disparaît exactement comme s'il n'existait plus.»
Le même personnage précise toutefois plus loin que plusieurs moyens sont utilisables pour éliminer le vampire :
« Il est prisonnier, plus qu'un homme condamné aux galères, plus qu'un fou enfermé dans un cabanon. Aller là où il a envie lui est interdit. Lui qui n'est pas un être selon la nature, il doit cependant obéir à certaines de ses lois, pourquoi, nous n'en savons rien. Toutes les portes ne lui sont pas ouvertes ; il faut au préalable qu'on l'ait prié d'entrer ; alors seulement il peut venir quand il le désire. Son pouvoir cesse, comme d'ailleurs celui de toutes les puissances malignes, dès les premières lueurs de l'aube. Il jouit d'une certaine liberté, mais en des moments précis. S'il ne se trouve pas à l'endroit où il voudrait être, il ne peut s'y rendre qu'à midi, ou au lever, ou au coucher du soleil. Ainsi, tandis que le vampire peut parfois accomplir sa propre volonté, pourvu qu'il respecte les limitations qui lui sont imposées et se confine dans son domaine : son cercueil à lui, son enfer à lui, ou encore dans un endroit non béni ; et encore ne peut-il se déplacer qu'à des moments bien précis. On dit aussi qu'il ne peut franchir des eaux vives qu'à marée haute ou lorsque la mer est étale. Et puis, il y a des choses qui lui ôtent tout pouvoir, comme l'ail, nous le savons assez ; comme ce symbole, ma petite croix d'or, devant laquelle il recule avec respect et s'enfuit. Il y en a encore d'autres : une branche de rosier sauvage, posée sur son cercueil, l'empêche d'en sortir, une balle bénite que l'on tirerait sur son cercueil le tuerait et il deviendrait alors un mort véritable. Quant au pieu que l'on enfonce dans son cœur, nous savons qu'il lui donne également le repos éternel, repos éternel qu'il connaît de même si on lui coupe la tête. Il ne se reflète pas non plus dans les miroirs et son corps ne fait pas d'ombre.»
Dans le premier film s'inspirant du roman, Nosferatu, Murnau n'indique qu'un seul moyen permettant d'éliminer le vampire : une femme au cœur pur doit faire oublier le lever du jour au comte. C'est de là qu'est née la croyance dans les effets nocifs des rayons du soleil sur les vampires, laquelle sera exploitée dans la plupart des films. Par ailleurs, Murnau comme les autres cinéastes ne détaillent pas autant les facultés des vampires par souci d'alléger l'intrigue, très certainement. Mais ils leur en prêtent d'autres ; ainsi, les films dans lesquels a joué Bela Lugosi ont développé l'idée que les vampires possédaient un pouvoir hypnotique leur permettant, notamment, de séduire efficacement les femmes. Dans son Dracula, Coppola invente de nouvelles règles. Ainsi, son personnage principal est capable de boire et de manger. Il peut également se déplacer le jour et pas seulement à certaines heures. Ainsi, le vampire :
Réaliser un masque de chauve-souris Montrez à votre enfant comment poser le verre (fond en haut) sur la feuille de papier noir. Demandez-lui de tracer un cercle en suivant les contours du verre. Demandez à votre enfant de découper le cercle et aidez-le à le couper en 2 parties égales. Aidez-le à former 2 petits cônes que vous fermez avec une agrafe. Attachez les 2 cônes sur le haut de l'assiette de façon à former les oreilles de la chauve-souris. Imprimez-le modèle joint et reproduisez-le sur la feuille de papier noir en double (pour faire les 2 ailes). Aidez votre enfant à coller les 2 ailes sur l'assiette. Si possible laissez-le coller lui-même ses ailes. Les blancs seront masqués par la peinture finale. Découpez le bas de l'assiette de façon à suivre la découpe des ailes. Si votre enfant est assez grand ou s'il souhaite le faire, laissez-le découper lui-même le bas du masque. Demandez à votre enfant de passer de la peinture noire épaisse sur les parties blanches de l'assiette. Si vous êtes pressés, vous pouvez utiliser de la peinture noire en bombe. Laissez sécher. Demandez à votre enfant de dessiner les yeux et aidez-le à les découper. Demandez à votre enfant de découper un petit triangle rose et faites-le lui coller sous les yeux. Demandez-lui de découper de fines bandes dans du papier noir. Collées sous le nez elles feront les moustaches de la chauve-souris. Percez 2 trous de chaque côté et fixez un élastique.
Matériel : 
Réalisation : 




Conseils de prudence pour les enfants
- Toujours informer les parents de l'itinéraire et des rues que je veux visiter, ainsi que de l'heure à laquelle je vais rentrer à la maison.
- Il faut toujours avoir une lampe de poche et un sac à bonbons de couleur blanche ou un sac sur lequel on a apposé du ruban réfléchissant. Il faut marcher, ne pas courir et demeurer toujours sur le trottoir.
- Il faut toujours obéir à la signalisation routière et ne jamais traverser la rue entre les voitures, commencez par visiter les maisons d'un seul côté de la rue et ne traverser qu'aux intersections.
- Il ne faut porter que des masques qui n'obstruent pas la vision. Le maquillage reste le plus adapté et reste la meilleure alternative au masque.
- Il faut s'habiller pour affronter la température extérieure et non seulement pour la Fête. N'hésitez pas à mettre une bande fluorescente sur les vêtemenets et privilégiez les couleurs claires.

- Il faut toujours porter des chaussures de taille adéquate, même si elles ne s'agencent pas avec le costume.
- Il ne faut jamais porter un costume qui traîne par terre, sinon on pourrait trébucher.
- Il ne faut jamais entrer dans une maison. Il faut toujours rester dehors, à la porte. Ne jamais suivre un inconnu même si il offre des friandises.
- Il ne faut jamais passer l'Halloween seul(e), être toujours accompagné d'un groupe d'enfants. Les très jeunes enfants devraient toujours être accompagnés d'un adulte. Les enfants plus vieux devraient s'entourer d'un groupe d'amis.
Conseils de prudence pour les parents - Les enfants ne doivent pas grignoter leur récolte pendant leur tournée; les parents doivent l’inspecter d’abord. Offrez à vos enfants une collation ou un repas léger avant leur départ, afin d’éviter qu’ils ne grignotent en route; ne les laissez jamais partir le ventre vide. - Interdisez à vos enfants d’accepter (et surtout de consommer) des friandises recouvertes d’un emballage maison. - Quand les enfants reviennent à la maison, jetez les produits maison (bonbons ou pâtisseries). Si vous avez de jeunes enfants, jetez aussi les aliments qui comportent des risques d’étouffement (gommes, arachides, bonbons durs, petits jouets). - Lavez les fruits à grande eau, examinez-les bien à la recherche de perforations de toute taille. Découpez-les avant de les servir aux enfants. Souvenez-vous qu’en cas de doute, vaut mieux les jeter. - Examinez les friandises emballées commercialement, afin de détecter toute apparence anormale ou décoloration, les petites perforations ou les déchirures de l’emballage. Jetez celles qui semblent douteuses.


La bonne farce
Il était une fois, trois amis inséparables qui, dans la cour de l’école, étaient sans arrêt embêtés par leurs trois ennemis ; ils avaient peur d’eux car ils se sentaient faibles et les ennemis les rabaissaient tout le temps. Alors , pour les impressionner, les trois amis leur racontèrent une histoire, une histoire invraisemblable, qu’ils auraient vécue ensemble pendant leurs grandes vacances, dans une vieille auberge sinistre.

L’auberge ressemblait étrangement à un manoir : il y avait une grande cour vide et un étang tout proche.En entrant la première fois, ils n’avaient vu qu’une vieille dame mystérieuse, sans doute la femme de chambre .Les amis lui demandent leur clé de chambre, puis montent l’escalier qui grince à chacun de leurs pas. Quand ils ouvrent la porte, la chambre est répugnante. Il y a des araignées mangeuses d’hommes et leurs toiles sont toutes collantes.Leurs lits sont recouverts de branches et de feuilles ,et il y a des mouches mortes par terre.Le toit est troué,à tel point que la chambre est toute humide.Ils balaient un petit coin de la chambre et vont quand même se coucher , peu rassurés. Bien sûr, à cause de la fuite, ils sont tout mouillés.

Le lendemain matin, quand ils se réveillent, ils ont mal au dos. Ils vont déjeuner, mais dans leur bol de lait, il y a des limaces, et des petits vers dans la confiture. Ils sont tellement écoeurés qu'ils ne peuvent rien avaler.L’après-midi, ils vont se promener dans les alentours. Le village est bizarre , car il n’y a personne, les volets des maisons sont fermés, ainsi que les marchands. Quand ils rentrent à l’auberge, la nuit est tombée ; dans leur chambre ,ils entendent alors de drôles de bruits « plaa… », suivis d’un « boum… » , puis des battements d’ailes. Les enfants sont sûrs que c’est un monstre, ils trouvent ça excitant mais aussi inquiétant.

Le lendemain matin, ils demandent à la femme de chambre si elle a entendu ces bruits. Elle répond de la tête, en faisant le signe que non. Le soir venu, ils entendent de nouveau ces bruits, puis le lendemain aussi ; pour eux, sans aucun doute, c’est un monstre effrayant, et ils l’imaginent gris avec une multitude de gros yeux rouge sang.

Le lendemain soir, les trois enfants veulent enquêter ;mais ils ont beau chercher, ils ne trouvent rien. Puis une des trois amis trouve une plume, puis une autre, puis encore une autre…qui les menent à la fenêtre du grenier. Persuadés que c’est un monstre, ils cherchent dans toute la pièce, le cieur battant. Mais ils ne trouvent pas d’autre piste. Le lendemain soir, ils aperçoivent une ombre se faufiler par la fenêtre du grenier, alors ils abandonnent, pensant que le monstre s'est échappé. Mais le dernier soir passé à l’auberge, ils réentendent ces bruits bizarres ; alors, vite, ils courent au grenier pour voir ce qu’il se passe, et, là, ils trouvent d’autres plumes et des gouttes de sang qui les menent jusqu’à la fenêtre du grenier, où ils découvrent un mère hibou et ses petits en train de manger une souris.

Les trois amis avaient terminé leur histoire et , à leur grande surprise, ils s’aperçurent que leurs ennemis étaient en train de dormir debout. Ils se mirent à rire de la situation. Quand la sonnerie retentit, ils rentrèrent en classe, tout joyeux d’avoir joué un si bon tour à leurs trois camarades.
FIN
Le jeune géant
Frères Grimm
Un paysan avait un fils qui n'était pas plus gros que le pouce; il ne grandissait nullement, et en plusieurs années sa taille ne s'accrut pas d'un cheveu. Un jour que le père allait aux champs labourer, le petit lui dit : « Père, je veux sortir avec toi.
- Sortir avec moi ? dit le père; reste donc ici ; tu ne ferais que nous gêner dehors, et de plus on pourrait bien te perdre. »
Mais le petit nain se mit à pleurer et, pour avoir la paix, son père le prit dans sa poche et l'emmena avec lui. Quand on fut arrivé sur la pièce de labour, il l'assit au bord d'un sillon fraîchement ouvert.
Comme ils étaient là, parut un grand géant qui venait de l'autre côté des monts. « Vois-tu le grand croquemitaine ? dit le père qui voulait faire peur à son fils, afin de le rendre plus obéissant ; il vient pour te prendre. » Mais le géant, qui avait entendu cela, arriva en deux pas au sillon, prit, le petit nain et l'emporta sans dire un mot. Le père, muet de frayeur, n'eut pas même la force de pousser un cri. Il crut son enfant perdu, et n'espéra pas le revoir jamais.
Le géant l'avait emmené chez lui; il l'y allaita lui-même, et le petit nain prit tout à coup sa croissance ; il grandit et devint fort à la manière des géants. Au bout de deux ans le géant alla avec lui dans le bois, et pour réprouver il lui dit : « Cueille-toi une baguette. » Le garçon était déjà si fort qu'il arracha de terre un jeune arbre avec ses racines. Mais le géant jugea qu'il avait encore des progrès à faire, et, le remmenant avec lui, il l'allaita encore pendant deux ans.
Au bout de ce temps, sa force avait tellement augmenté qu'il arrachait de terre un vieil arbre. Ce n'était pas assez pour le géant : il l'allaita encore pendant deux autres années, au bout desquelles il alla au bois avec lui et lui dit : « Cueille-toi un bâton de grosseur raisonnable. » Le jeune homme arracha de terre le plus gros chêne de la forêt, qui fit entendre d'horribles craquements, et un tel effort n'était qu'un jeu pour lui. « C'est bien, dit le géant, ton éducation est faite, » et il le ramena sur la pièce de terre où il l'avait pris.
Son père était occupé à labourer quand le jeune géant l'aborda et lui dit : « Eh bien, mon père, votre fils est devenu un homme. »
Le paysan effrayé s'écria : « Non, tu n'es pas son fils; je ne veux pas de toi Va-t'en.
- Oui, je suis votre fils. Laissez-moi travailler à votre place, je labourerai aussi bien et mieux que vous.
- Non, non, tu n'es pas mon fils, et tu ne sais pas labourer. Va-t'en. »
Mais comme il avait peur du colosse, il quitta sa charrue et se tint à distance. Alors le jeune homme, saisissant l'instrument d'une seule main, appuya dessus avec une telle force, que le soc s'enfonça profondément en terre. Le paysan ne put s'empêcher de lui crier : « Si tu veux labourer, il ne faut pas enfoncer si avant ; cela fait un mauvais travail.
Alors le jeune homme détela les chevaux, et s'attela lui-même à la charrue en disant à son père : « Allez à la maison et recommandez à ma mère de m'apprêter un dîner copieux; pendant ce temps-là je vais achever de labourer cette pièce. »
Le paysan, de retour chez lui, transmit la recommandation à sa femme. Quant au jeune homme, il laboura le champ, qui avait bien quatre arpents, à lui tout seul ; et ensuite il le hersa en traînant deux herses à la fois. Quand il eut fini, il alla au bois, arracha deux chênes qu'il mit sur ses épaules, et suspendant à l'un les deux herses et à l'autre les deux chevaux, il emporta le tout chez ses parents, aussi aisément qu'une botte de paille.
Lorsqu'il fut entré dans la cour, sa mère qui ne le reconnaissait pas, s'écria : « Quel est cet affreux géant ?
- C'est notre fils, dit le paysan.
- Non, dit-elle, notre fils n'est plus. Nous n'en avons jamais eu un si grand ; il était tout petit ».
Et s'adressent à lui encore une fois : « Va-t'en, cria-t-elle, nous ne voulons pas de toi. »
Le jeune homme ne disait pas un mot. Il mit ses chevaux à l'écurie, leur donna du foin et de l'avoine, et fit pour eux tout ce qu'il fallait. Puis, quand il eut fini, il entra dans la chambre, et s'asseyant sur un banc : « Mère, dit-il, j'ai faim ; le dîner est-il prêt ?
- Oui, répondit-elle, en mettant devant lui deux grands plats tout pleins, qui auraient suffit à les nourrir pendant huit jours, elle et son mari.
Le jeune homme eut bientôt tout mangé, et il demanda s'il n'y en avait pas encore. « Non, c'est, tout ce que nous avons.
- C'était pour me mettre en appétit; il me faut autre chose. »
Elle n'osa pas lui résister, et mit au feu une grande marmite pleine de lard, qu'elle servit dès qu'il fut cuit. « A la bonne heure, dit-il, voilà une bouchée à manger. » Et il avala tout, sans que sa faim en fût encore apaisée.
Alors il dit à son père : « Je vois bien qu'il n'y a pas chez vous de quoi me nourrir. Procurez-moi seulement une barre de fer assez forte pour que je ne la brise pas sur mon genou, et je m'en irai courir le monde. »
Le paysan était ravi. Il attela ses deux chevaux à sa charrette et rapporta de chez le forgeron une barre de fer si grande et si épaisse, que c'était tout ce que les chevaux pouvaient porter. Le jeune homme la prit, et ratch ! il la brisa sur son genou comme un fétu et jeta les morceaux de côté.
Le père attela quatre chevaux, et rapporta une autre barre de fer qu'ils avaient peine à traîner. Mais son fils la brisa encore sur son genou en disant : « Celle-ci ne vaut rien encore; allez m'en chercher une plus forte. » Enfin, le père mit huit chevaux, et en rapporta une que l'attelage transportait à peine. Quand le fils l'eut prise dans sa main, il en cassa un petit bout à l'extrémité et dit à son père : « Je vois bien que vous ne pouvez pas me procurer une barre de fer comme il m'en faut. Je m'en vais de chez vous. »
Pour courir le monde, il se fit compagnon forgeron. Il arriva dans un village où il y avait un forgeron avare, ne donnant jamais rien à personne et voulant toujours tout garder pour lui tout seul. Il se présenta dans sa forge et lui demanda de l'ouvrage. Le maître était ravi de voir un homme si vigoureux, comptant qu'il donnerait un bon coup de marteau et gagnerait bien son argent, « Combien veux-tu de gages? lui demanda-t-il.
- Rien, répondit le garçon ; seulement, à chaque quinzaine, quand on payera les autres, je veux te donner deux coups de poing que tu seras obligé de recevoir. »
L'avare était enchanté du marché, qui épargnait son argent. Le lendemain, ce fut au compagnon étranger à donner le premier coup de marteau : quand le maître eut apporté la barre de fer rouge, il frappa un tel coup que le fer s'écrasa et s'éparpilla; et l'enclume en fut enfoncée en terre si profondément, qu'on ne put jamais la retirer. Le maître, en colère, lui dit : « Tu ne peux pas faire mon affaire, tu frappes trop fort. Que veux-tu que je te paye pour l'unique coup de marteau que tu as donné ?
- Je ne veux que te donner un petit coup, pas davantage.
El il lui donna un coup de pied qui le fit sauter par-dessus quatre voitures de foin. Puis il chercha la plus grosse barre de fer qu'il put trouver dans la forge, et la prenant à sa main comme un bâton, il continua sa route.
Un peu plus loin, il arriva à une ferme et demanda au fermier s'il n'avait pas besoin d'un maître valet. « Oui, dit le fermier, il m'en manque un. Tu m'as l'air d'un vigoureux gaillard, qui entend déjà la besogne. Mais combien veux-tu de gages ? » Il répondit qu'il ne demandait pas de gages, mais le pouvoir de donner tous les ans au fermier trois coups que celui-ci s'engagerait à recevoir. Le fermier fut ravi de ce marché, car c'était encore un avaricieux.
Le lendemain matin, il fallait aller chercher du bois dans la forêt; les autres valets étaient déjà debout, mais notre jeune homme était encore couché dans son lit. Un d'eux lui cria : « Lève-toi, il est temps; nous allons au bois, il faut que tu viennes avec nous.
- Allez devant, répondit-il brusquement, je serai encore de retour avant vous.
Les autres allèrent trouver le fermier et lui racontèrent que son maître valet était encore couché et ne voulait pas les suivre au bois. Le fermier leur dit d'aller l'éveiller encore une fois et de lui donner l'ordre d'atteler les chevaux. Mais le maître valet répondit de nouveau : « Allez devant, je serai de retour avant vous.
Il resta couché encore deux heures ; au bout de ce temps, il se leva, alla cueillir deux boisseaux de pois, et s'en fit une bonne bouillie qu'il mangea paisiblement, après quoi il attela les chevaux pour conduire la charrette au bois. Pour arriver à la forêt, il fallait prendre un chemin creux; il y fit d'abord passer sa charrette, puis, arrêtant les chevaux, il revint par derrière et boucha la route avec un abatis d'arbres et de broussailles, si bien qu'il n'y avait plus moyen de passer, Quand il entra dans la forêt, les autres s'en retournaient avec leurs charrettes chargées.
Il leur dit : « Allez, allez toujours, je serai à la maison avant vous. » Et, sans pousser plus loin, il se contenta d'arracher deux arbres énormes qu'il jeta sur sa charrette, puis il prit le chemin du retour. Quand il arriva devant l'abatis qu'il avait préparé, les autres y étaient arrêtés et ne pouvaient pas passer. « Eh bien! leur dit-il, si vous étiez restés comme moi ce matin vous auriez dormi une heure de plus, et vous n'en seriez pas rentrés plus tard ce soir. »
Et comme ses chevaux ne pouvaient plus avancer, il les détela, les mit sur une charrette, et, prenant lui-même le timon à la main, il entraîna tout cela comme une poignée de plumes. Quand il fut de l'autre côté : « Vous voyez, dit-il aux autres, que je m'en tire plus vite que vous; » et il continua son chemin sans les attendre. Arrivé dans la cour, il prit un arbre dans sa main et le montra au fermier, en disant : « N'est-ce pas une jolie bûche ?» Le fermier dit à sa femme : « C'est un bon serviteur; s'il se lève plus tard que les autres, il est de retour avant eux. »
Il servit le fermier pendant un an. Quand l'année fut expirée et que les autres valets reçurent leurs gages, il demanda aussi à se payer des siens. Mais le fermier, terrifié de la perspective des coups à recevoir, le pria instamment de lui en faire la remise, lui déclarant qu'il aimerait mieux devenir lui-même son valet, et le faire fermier à sa place. « Non, répondit-il, je ne veux pas être fermier; je suis maître valet et je veux rester tel; mais ce qui a été convenu doit être exécuté. »
Le fermier offrit de lui donner tout ce qu'il demanderait; mais ce fut en vain; il répondit toujours: « Non. » Le fermier, ne sachant plus à quel saint se vouer, réclama un répit de quinze jours pour chercher quelque échappatoire; l'autre y consentit. Alors le fermier rassembla tous ses gens et leur demanda conseil. Après y avoir longuement réfléchi, ils répondirent qu'avec un tel maître valet personne n'était sûr de sa vie, et qu'il tuerait un homme comme une mouche. Ils étaient donc d'avis qu'il fallait le faire descendre dans le puits, sous prétexte de le nettoyer, et, une fois qu'il serait en bas, lui jeter sur la tête des meules de moulin qui étaient déposées près de là, de façon à le tuer sur la place.
Le conseil plut au fermier, et le maître valet s'apprêta à descendre dans le puits. Quand il fut au fond, ils lui jetèrent des meules énormes, et ils lui croyaient la tête écrasée; mais il cria d'en bas : « Chassez les poules de là-haut ; elles grattent dans le sable et m'en envoient des grains dans les yeux; j'en suis aveuglé. » Le fermier fit : « Chou ! chou ! » comme s'il avait chassé les poules. Quand le maître valet eut fini et qu'il fut remonté : « Voyez, dit-il, mon beau cellier. » C'était la plus grande des meules qu'il avait autour du cou.
Le maître valet exigeait toujours ses gages, mais le fermier lui demanda encore quinze jours de réflexion. Ses gens lui conseillèrent d'envoyer le jeune homme au moulin enchanté pour y faire moudre son grain pendant la nuit; personne n'en était encore sorti vivant le lendemain. Cet avis plut au fermier, et à l'instant même il commanda à son valet de porter huit boisseaux de blé au moulin et de les faire moudre pendant la nuit, parce qu'on en avait besoin tout de suite.
Le valet mit deux boisseaux de blé dans sa poche droite, deux dans sa poche gauche, en chargea quatre dans un bissac, deux par devant et deux par derrière, et ainsi lesté, il se rendit au moulin. Le meunier lui dit qu'on pouvait bien moudre pendant le jour, mais non pendant la nuit, et que ceux qui s'y étaient risqués avaient été tous trouvés morts le lendemain. « Je n'y mourrai pas, moi, répondit-il; allez vous coucher et dormez sur les deux oreilles. » Et entrant dans le moulin, il engrena son blé comme s'il ne se fût agi de rien.
Vers onze heures du soir, il entra dans le bureau du meunier et s'assit sur le banc. Mais au bout d'un instant, la porte s'ouvrit d'elle-même, et il vit entrer une grande table, sur laquelle se posèrent tout seuls des plats et des bouteilles remplis d'excellentes choses, sans qu'il parût personne pour les apporter. Les tabourets se rangèrent aussi autour de la table, toujours sans que personne apparût; mais à la fin le jeune homme vit des doigts, sans rien de plus, qui chargeaient les assiettes et s'escrimaient dessus avec les fourchettes et les couteaux. Comme il avait faim et que les plats fumaient, il se mit aussi à table et mangea à son appétit.
Quand il eut fini de souper et que les plats vides annoncèrent que les invisibles avaient fini également, il entendit distinctement qu'on soufflait les lumières, et elles s'éteignirent toutes à la fois; alors, dans l'obscurité, il sentit sur sa joue quelque chose comme un soufflet. « Si l'on recommence, dit-il tout haut, je m'y mets aussi. » Il en reçut cependant un second, et alors il riposta. Les soufflets donnés et rendus continuèrent toute la nuit, et le jeune géant ne s'épargna pas à ce jeu. Au point du jour tout cessa. Le meunier arriva et s'étonna de le trouver encore en vie. » Je me suis régalé, lui dit le géant; j'ai reçu des soufflets, mais je les ai bien rendus. »
Le meunier était plein de joie, car son moulin était délivré; il voulait donner au géant beaucoup d'argent pour le remercier. « De l'argent! dit celui-ci, je n'en veux pas; j'en ai plus qu'il ne m'en faut. » Et, prenant ses sacs de farine sur son dos, il retourna à la ferme et déclara au fermier que sa commission était finie et qu'il voulait ses gages.
Le fermier était bien effrayé; il ne pouvait tenir en place, il allait et venait dans la chambre et les gouttes de sueur lui tombaient du front. Pour respirer un peu, il ouvrit la fenêtre; mais, avant qu'il eût le temps de se méfier, le maître valet lui donna un coup qui renvoya par la fenêtre dans les airs, où il monta toujours jusqu'à ce qu'on le perdît de vue. Alors le maître valet dit à la fermière : « A votre tour, le second coup sera pour vous.
- Non, non, s'écria-t-elle, on ne frappe pas les femmes! » Et elle ouvrit l'autre fenêtre, car la sueur lui coulait aussi du front ; mais le coup qu'elle reçut l'envoya dans les airs encore plus haut que son mari, parce qu'elle était plus légère. Son mari lui criait : « Viens avec moi, » et elle lui répondait: « Viens avec moi, toi; je ne peux pas y aller, moi. » Et ils continuèrent à flotter dans l'air sans parvenir à se rejoindre; et peut-être y flottent-ils encore.
Quant au jeune géant, il prit sa barre de fer et se remit en route...
FIN
Le petit chaperon rouge
Charles Perrault
Il était une fois une petite fille de Village, la plus jolie qu’on eût su voir ; sa mère en était folle, et sa mère-grand plus folle encore. Cette bonne femme lui fit faire un petit chaperon rouge, qui lui seyait si bien, que partout on l’appelait le Petit Chaperon rouge.
Un jour, sa mère, ayant cuit et fait des galettes, lui dit : Va voir comme se porte ta mère-grand, car on m’a dit qu’elle était malade. Porte-lui une galette et ce petit pot de beurre. Le Petit Chaperon rouge partit aussitôt pour aller chez sa mère-grand, qui demeurait dans un autre Village. En passant dans un bois elle rencontra compère le Loup, qui eut bien envie de la manger ; mais il n’osa, à cause de quelques Bûcherons qui étaient dans la Forêt.

Il lui demanda où elle allait ; la pauvre enfant, qui ne savait pas qu’il est dangereux de s’arrêter à écouter un Loup, lui dit : Je vais voir ma Mère-grand, et lui porter une galette, avec un petit pot de beurre, que ma Mère lui envoie. Demeure-t-elle bien loin ? lui dit le Loup.
- Oh ! oui, dit le Petit Chaperon rouge, c’est par-delà le moulin que vous voyez tout là-bas, à la première maison du Village. Eh bien, dit le Loup, je veux l’aller voir aussi ; je m’y en vais par ce chemin-ci, et toi par ce chemin-là, et nous verrons qui plus tôt y sera. Le loup se mit à courir de toute sa force par le chemin qui était le plus court, et la petite fille s’en alla par le chemin le plus long, s’amusant à cueillir des noisettes, à courir après des papillons, et à faire des bouquets des petites fleurs qu’elle rencontrait.
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Le loup ne fut pas longtemps à arriver à la maison de la Mère-grand ; il heurte : Toc, toc. Qui est là ? C’est votre fille le Petit Chaperon rouge (dit le Loup, en contrefaisant sa voix) qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre que ma Mère vous envoie. La bonne Mère-grand, qui était dans son lit à cause qu’elle se trouvait un peu mal, lui cria : Tire la chevillette, la bobinette cherra.
Le Loup tira la chevillette et la porte s’ouvrit. Il se jeta sur la bonne femme, et la dévora en moins de rien ; car il y avait plus de trois jours qu’il n’avait mangé. Ensuite il ferma la porte, et s’alla coucher dans le lit de la Mère-grand, en attendant le Petit Chaperon rouge, qui quelque temps après vint heurter à la porte. Toc, toc.

- Qui est là ? Le Petit Chaperon rouge, qui entendit la grosse voix du Loup eut peur d’abord, mais croyant que sa Mère-grand était enrhumée, répondit : C’est votre fille le Petit Chaperon rouge, qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre que ma Mère vous envoie. Le Loup lui cria en adoucissant un peu sa voix : Tire la chevillette, la bobinette cherra. Le Petit Chaperon rouge tira la chevillette, et la porte s’ouvrit.
Le Loup, la voyant entrer, lui dit en se cachant dans le lit sous la couverture : Mets la galette et le petit pot de beurre sur la huche, et viens te coucher avec moi. Le Petit Chaperon rouge se déshabille, et va se mettre dans le lit, où elle fut bien étonnée de voir comment sa Mère-grand était faite en son déshabillé. Elle lui dit : Ma mère-grand, que vous avez de grands bras ? C’est pour mieux t’embrasser, ma fille.
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Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes ? C’est pour mieux courir, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de grandes oreilles ? C’est pour mieux écouter, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de grands yeux ? C’est pour mieux voir, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents. C’est pour te manger. Et en disant ces mots, ce méchant Loup se jeta sur le Petit Chaperon rouge, et la mangea.
FIN
Le violonniste et le palais hanté
Il étais une fois, dans un pays où les hivers sont beaux comme dans les contes de fées, un enfant musicien. Il avait de toutes petites mains, mais il jouait si bien que tous les princes et les seigneurs de la ville l'invitaient dans leurs salons pour l'entendre jouer du violon.
Quand il jouait, les oiseaux s'arrêtaient de chanter, la neige de tomber, les enfants de se disputer, les grincheux de ronchonner. Et quand il achevait son morceau, tous ceux qui l'avaient écouté étaient joyeux comme si plus rien d'ennuyeux ne pouvait exister au monde. Dans cette même ville, vivait un riche seigneur qui habitait un palais hanté par des créatures étranges : des fantômes qui, chaque nuit, venaient danser dans son salon, et faisaient tant de bruit que le pauvre homme ne pouvait plus dormir, et que tous ses amis, effrayés, ne venaient plus lui rendre visite. Il se sentait donc seul et abandonné dans son beau palais hanté.

Un jour, il entendit parler de l'enfant musicien qui effaçait les ennuis sur son chemin et il lui écrivit une lettre en forme de poême :
" S'il te plâît, petit garçon, viens jouer dans ma maison, pour chasser les cents démons qui dansent dans mon salon".
Après avoir lu cette lettre, l'enfant saisit son violon et, malgré le froid et la neige qui règnaient à ce moment là sur la ville, se mit à chercher cet étrange palais hanté. Il marcha toute la journée, dans toutes les ruelles. Il se trompa bien des fois de porte. On lui indiqua bien souvent le mauvais chemin. Mais il finit tout de même par arriver chez le seigneur à la tombée de la nuit.

Le seigneur l'installa dans une chambre confortable où flambait un grand feu, et lui dit :
- Je te remercie d'être venu ! A présent, repose-toi un peu... Mais tu verras : les fantômes font un tel charivari que je serais bien surpris si tu arrivais à fermer l'oeil de la nuit.
Le petit garçon se coucha et, comme il était très fatigué de sa longue marche, il s'endormit profondément. Au milieu de la nuit, un épouvantable bruit le réveilla. Le seigneur n'avait pas menti : c'était un vrai charivari ! Alors l'enfant se leva, pris son violon et descendit au salon...

Quand il fut en bas, il ne put en croire ses yeux : des dizaines de fantômes dansaient, couraient, faisaient des sauts et des cabrioles sur les tapis et sur les meubles. Mais il piétinait sans musique en chantant de leur voix grinçante. Tout cela donnait un bal étrange, plein de cris, de ricanements, de gloussements, de craquements...
Le petit garçon eut alors une idée. Pour obtenir le silence, il frappa de son archet le manche de son violon et cria :
- Qu'est-ce qu'un bal sans musique ? Qu'est-ce que c'est que cette chanson sans violon ? Si vous voulez vous amuser, vous feriez mieux de m'écouter...

Tous les fantômes se regardèrent d'un air étonné. Puis ils se mirent à parler tous ensemble pour savoir ce qu'ils devaient décider. Ils tinrent conseil un long moment et, à la fin, ils déclarèrent :
- Montre-nous ce que tu sais faire !
L'enfant musicien installa son violon sous son menton, et se mit à jouer une danse entraînante. Mais les fantômes refusèrent de bouger. Ils dirent en traînant les pieds :
- Pour danser cette danse effrénée, il nous faudrait reprendre des forces, et nous n'avons rien à manger !

Aussitôt, le petit garçon alla frapper à la porte de la chambre du seigneur. Celui-ci apparut en baîllant :
- Encore ce charivari ?
Mais le petit garçon expliqua :
- Il faudrait donner à manger à ces drôles d'invités !
Le seigneur se fit un peu prier, car il n'avait plus de serviteurs, ni de cuisiniers. Ils s'étaient tous enfuis, l'un après l'autre, nuit après nuit... Malgré tout, il obéit. Il fit cuire de grands rôtis, des légumes, des pâtes et du riz. Il fit même de grands gâteaux aux noix et aux pruneaux. Enfin, il servit tout cela aux fantômes, avec toutes sortes de bons sirops.
Quand ceux-ci se furent bien régalés, le petit garçon recommença à jouer. Mais ils avaient trop mangé, et se sentaient trop lours pour danser.

- Joue-nous donc une berceuse, dit l'un d'entre eux.
L'enfant joua alors un air très doux, et les fantômes s'endormirent. Le seigneur n'était pas content. Il s'écria :
- Ils vont s'installer chez moi encore plus confortablement qu'autrefois !
D'un geste, le petit garçon lui fit signe de se taire. Il laissa les petits monstres ronfler encore un moment, puis il reprit son violon, et joua à nouveau un air très entraînant. Les fantômes se réveillèrent en sursaut. Irrésistiblement entraînés, ils formèrent une farandole dans tous les couloirs du palais...
- Ouvrez la porte qui donne sur le jardin !
Et le seigneur s'exécuta...

Malgré l'hiver et le froid, il repoussa les portes et les fenêtres de son palais, tandis que l'enfant jouait. Alors, la drôle de farandole s'élança dans le jardin. Dansant et sursautant dans la neige, les fantômes contournèrent les bassins. Ils s'amusaient tellement qu'ils se jetèrent dedans, et se mirent à danser dans l'eau en criant des " Ah !" et des "Oh !".
Quand ils eurent tous plongés, l'enfant s'arrêta de jouer, et la neige se remit à tomber. Il fit de plus en plus froid. L'eau des bassins gela, et tous les fantômes se trouvèrent pris dans les glaces.
Dans le jardin couvert de neige, au milieu des bassins gelés, ils étaient devenus d'étranges statues, prêtes à lancer des jets d'eau vers le ciel losque viendrait le dégel.

Fou de joie, le seigneur prit l'enfant dans ses bras et lui dit :
- Tu as délivré mon palais des fantômes qui le hantaient. Je vais enfin pouvoir rassurer mes amis ! Ils reviendront me voir ici...
Et c'est exactement ce qui se passa, dans la joie et le brouhaha. Tout le monde fit un grand festin et s'amusa jusqu'au lendemain matin. Quand le soleil se leva, l'enfant musicien, de ses petites mains, joua un air si mélodieux que les danseurs s'arrêtèrent pour l'écouter mieux.
Puis, à la fin du morceau, salué par les bravos, il reprit son chemin. Les oiseaux se remirent à chanter. La neige se mit à tomber.... Mais il faut croire que le violon du petit garçon laissa derrière lui comme un nuage de magie car, longtemps, dans ce pays, les enfants oublièrent de se disputer, et les grincheux de ronchonner, comme si rien d'ennuyeux ne pouvait plus arriver.
FIN
Le goût du sang
Dernière partie
Après quelques minutes, le verdict était tombé. Anges et démons avaient voté à l’unanimité pour l’éradication de ce mouvement dissident. Une grande bataille allait commencer. Ce soir, ils emprunterait l’anneau de téléportation de Notre Dame et se rendrait sur l’île où la bataille aurait lieu.

Lucas et Julien sentait la tension monter. Il n’avait jamais participé à une guerre sainte et tout ce que cela impliquait. De plus il n’avaient pas revus Michael, Alexandre et Jérôme depuis le vote. Il était à quelques secondes d’entrer dans l’anneau de téléportation et se demandaient comment il réagiraient en voyant leurs amis. La salle était silencieuse, tout le monde se préparait au combat. La garde personnelle d’Elekase était la plus impressionnante. Chacun de ces soldats était paré d’une armure recouverte d’argent. Sur le devant de celle-ci, Julien pouvait voir des signes, ressemblant à des lettres d’une langue depuis longtemps oubliée. Ils portaient un heaume ne laissant entre voir que leurs yeux. Dans leur main droite, ils tenaient une épée dont le tranchant était parfait et dans leur main gauche, ils soulevaient un bouclier avec un arbre dessiné dessus. Ils étaient parfaitement alignés et répondaient au doigt et à l’œil de leur maître. Lucas regarda une dernière fois la salle et remarqua son aspect froid et austère contrairement à toutes les autres pièces de l’église. Il ferma les yeux et avança de quelques pas. Ils eurent alors la sensation de voler à une vitesse vertigineuse et de s’arrêter brusquement.

Une fois, l’anneau franchit, il se retrouvèrent directement sur le champ de bataille. La guerre avait commencé. De nombreux corps étaient sur le sol et le sang coulait à flot. Lucas se trouva nez à nez avec un renégat, il retint sa respiration, prit sa lame dans sa main. Il bondit et se retrouva derrière son adversaire après un magnifique salto. D’un geste rapide il lui trancha la gorge et murmura doucement pour lui même :
- Que justice soit faite, même si le monde doit périr !
Julien remarqua tout de suite où se trouvait Léonia. Elle avait troquée son habituelle robe rouge pour un short et un chemisier kaki. Les cheveux relevés et attachés, elle s’élança tel une déesse dans la guerre sainte. Sa puissance était phénoménale, des éclairs jaillissaient de ses yeux et de l’acide de sa bouche. Les malheureux qui la rencontraient étaient réduit en cendres en quelques secondes. Julien fut alors surpris par un renégat et eut juste le temps de parer son assaillant. Lorsqu’il revint à la réalité, le vampire fit apparaître un cimeterre qui tournoya magistralement avant de terminer sa course dans le cœur de son adversaire. Celui-ci s’écroula, comme un cadavre de plus.

La plaine était devenue rougeoyante, comme pour rappeler que les guerres étaient faites de sang. Lucas feinta, bloqua l’arme de l’ennemi avec son épée et lança une boule de feu avec sa main libre qui pulvérisa littéralement le corps du pauvre renégat. A coté de lui cinq têtes roulaient sur l’herbe. Michel était bien l’archange de la guerre. Sa hache fendait des crânes, perçait des torses, coupait des bras, des jambes et des têtes sans interruption. Lucas n’avait jamais vu une telle barbarie. Ses ennemis ne lui paraissait plus aussi méprisables, il éprouvait de la pitié pour ses gens. Qui étaient-ils vraiment ? Pourquoi fallait-il les exterminer, sans laisser aucun survivant, même s’ils se rendaient. Lucas cessa le combat et regarda la plaine dévastée, jonchée de cadavres et recouverte de sang. Les renégats étaient vaincus, mais plusieurs centaines d’entre eux s’étaient échappés. Pourquoi la haine avait-elle pesée sur cette bataille. L’île était devenue en quelques temps, un lieu de désolation, meurtri à jamais, pour l’éternité. Il se tourna vers Julien qui semblait totalement désorienté. Il comprit quelque s instants plus tard que son ami fixait Léonia. Pour la première fois depuis qu’il la connaissait, leur maîtresse était triste, le regard emprunt de mélancolie, comme dégoûtée de ce qu’elle avait fait. Que s’était-il passé au plus profond de son âme. En regardant une dernière fois le champ de bataille, Lucas fut soudainement tétanisé. A quelques mètres devant lui, gisait le corps de Michel, une dague plantée dans le cœur.

Alexandre ne savait plus quoi penser. Ses amis étaient du côté des démons. Il devait pourtant se concentrer sur la bataille, même s’il n’en comprenait pas complètement les enjeux. Après tout, les renégats étaient pour la liberté des hommes. Il fut sorti de ses pensées par Michael et Jérôme qui se positionnèrent devant lui et entamèrent une sorte de rituel de préparation, comme ils le faisaient avant chaque mission. Après s’être concertés quelques instants, ils se décidèrent tous les trois à passer les cercles de téléportation. Le passage ressemblait à une sorte de pentacle avec un cercle au centre. La peinture noire avec laquelle il avait été tracé paraissait vivante. Elle luisait et était entouré d’une légère brume inquiétante. Alexandre se décida à franchir le cercle.
Des hurlements de terreur, d’agonie et de haines. Ce fut les premières choses que les trois anges entendirent. Des corps en lambeaux, du sang et de la chair. Ce fut les premières choses qu’ils aperçurent. Ces sons et ses images allaient restées à jamais gravées dans la mémoire de Jérôme. Il n’était pas habitué à une telle violence. Les visages des combattants reflétaient un mélange de peur et de haine. Seuls les puissants parmi les archanges et les princes démons souriaient devant ce massacre qui allait devenir un véritable triomphe pour cette coalition éphémère. Mais la bataille était encore loin d’être terminée. De nombreux renégats prenaient la fuite. Désireux d’accomplir leur devoir, même s’ils auraient préféré ne pas participer à ce génocide contre la troisième force, les anges s’élancèrent dans ce combat.

Le chant des guerriers couvrait toute la bataille et résonnait dans le cœur de chacun. Alexandre fit tournoyer la hache de guerre qu’il avait emporté et terrassa plusieurs ennemis. Aucune armure ne pouvait lui résister. Sa hache pourfendait tous les assaillants. Il était le parfait serviteur de Michel, broyant tous adversaires et rugissant à chaque fois qu’il faisait couler du sang. Il combattait avec fouge et était animé par une rage indescriptible.
Jérôme restait immobile devant tant de mort. Il regardait ces êtres se faire massacrer par les siens qui s’étaient alliés avec les démons. Dieu ne pouvait pas vouloir une telle chose. Comment se pouvait-il que celui qui est infiniment bon, miséricordieux soit à l’origine d’un tel châtiment. En se souvenant de ses lectures passées, il se rappela qu’il y avait déjà eu des précédents en Egypte. Dieu était peut-être bon avec son peuple, mais quels étaient ses sentiments envers les impies ? Il se remémora un vieux livre qui parlait des enfers et du sort que Dieu réservait à ceux qui pêchaient. Le lieu le plus dur et le plus bas de ce royaume était réservé aux traîtres. Sans doute Dieu n’avait aucune pitié pour eux et usait de tous ses pouvoirs pour les anéantir. Cela bouleversait le jeune ange. Il ne savait que faire ni quelle voie suivre.

Michael restait perplexe. Il regardait Jérôme immobile. Son ami semblait perdu dans ses pensées. Hélas, il comprit bien vite quels étaient ses tourments. Il balaya la plaine du regard pour s’apercevoir qu’elle était recouverte de cadavres et qu’il y avait des rivières de sang. Il hésita, puis sorti son cimeterre pour accomplir son devoir. La paix sur terre méritait peut-être quelques sacrifices. Ils se battait toujours avec élégance, à tel point que l’on se demandait s’il servait réellement l’archange de la guerre et non pas celui des chevaliers. Il était noble et juste en combat et s’arrangeait toujours pour faire souffrir le moins possible ses adversaires en les tuant rapidement et sans violence excessive. L’honneur était pour lui la principale des vertus. Pendant l’affrontement, son arme semblait voler, trouvant sans difficulté les points vitaux de ses ennemis. Le combat était inégal car les assaillants n’étaient que de simples suivants ou familiers. Il regarda en direction de Jérôme et aperçut en fin un adversaire intéressant, emprunt de force et de puissance. Celui-ci terrassait les anges et les démons sans le moindre effort. Il était pourvu d’une musculature importante qui lui conférait un avantage certain. Des tatouages écrits en hébreux parcouraient ses bras et remontaient vers sa nuque. Un grand heaume d’argent protégeait son crâne et sa peau était recouverte d’une fine pellicule transparente qui devait être une armure magique. Ses yeux étaient rouge de haine. Il défendait les renégats encore vivant comme si sa cause avait plus d’importance que sa propre vie. Sa double épée ne connaissait pas de limite et il approchait à grand pas de l’archange Michel. Michael pensa que l’affrontement allait être intéressant.

Jérôme sorti de sa méditation pour créer un bouclier magique lorsqu’il vit un grand homme aux tatouages hébraïques avancer avec détermination dans sa direction. Le guerrier fit tourner son arme et frappa de toutes ses forces. Pourtant, sa double lame se stoppa net contre le bouclier magique. Il jeta un regard de mépris sur l’ange et se mit en garde pour l’affronter. Le combat allait commencer. Sans trop savoir pourquoi, Jérôme respectait cet adversaire. Celui-ci dégageait un charisme et une impression de justice. L’ange sorti son arme et accepta le défi. Derrière eux Michel, accourait, tel un fauve se jetant sur sa proie. Il fit une brève incantation qui ajoutait à sa hache de guerre une aura dévoreuse d’âme. Rien ne semblait pouvoir l’arrêter dans sa furie. L’archange regarda Jérôme qui se trouvait entre lui et sa cible et sourit d’un air narquois à son disciple. Malheureusement, l’ange comprit trop tard que son maître n’avait aucune compassion. Il se recula mais ne put éviter la hache qui traversa son corps et termina sa course dans le crâne du renégat. Jérôme et l’homme à la double lame s’écroulèrent lentement contre le sol. Leur sang se mélangea rapidement et coula sur la plaine. Ils étaient unis dans la mort jusqu’à la fin des temps. Michel rugissait de plaisir, il grondait pour monter sa suprématie, laissant son serviteur derrière lui, mourir parmi tant d’anonymes.

Michael hurla de douleur lorsqu’il vit son ami transpercé par celui qui leur avait donné cette existence. Le sang coulait abondamment de la plaie béante et rejoignait celui du guerrier hébreux. Il ne comprenait pas pourquoi, ni comment cela était arrivé. Il mit quelques instants avant de réaliser que tout était fini pour lui. Jamais plus ils ne combattraient, discuteraient ou riraient ensembles. L’âme de Jérôme avait définitivement quitté le paradis terrestre. Il n’avait jamais autant haïs quelqu’un comme son propre maître. Jérôme était son meilleur ami. Il tomba à genoux, laissant glisser son arme de ses mains. Des larmes coulèrent le long de ses joues, et il pleura. Pendant plusieurs heures, il resta sans bouger, attendant que le temps passe et le ramène à la dure réalité. Plus rien ne pouvait le toucher. Il était là, seul dans la plaine dévastée, l’esprit voguant sur les souvenirs de son ami. Il n’entendait plus les cris déchirés et les hurlements des combattants qui tombaient les uns après les autres. La bataille se terminerait sans lui. Il revit les nombreuses soirées passées avec ses amis où Jérôme se distinguait par ses pitreries...

La bataille avait pris fin et Alexandre se demandait bien où pouvaient être Michael et Jérôme. Ils ne pouvaient pas être tombés si facilement. Le combat avait été une promenade de santé pour lui. Pourtant, il n’était pas revenu par l’anneau de transport. Il scruta une dernière fois le hall de réception dans lequel les anges s’étaient regroupés. Il y avait beaucoup de monde, mais ils n’étaient pas dans cette pièce où le vin coulait à flot. Il décida d’aller interroger son maître, il devait certainement savoir ce qu’ils étaient devenus. Michel était entouré de naïades qu’il traitait avec plus ou moins de respect. Il avait vraiment l’air d’un barbare. Ses vêtements étaient couverts de vin qu’il avait renversé et les femmes commençaient à s’écarter de lui. Mais il les ramenait de force et semblait prêt à les violer. L’église tolérait les écarts de cet homme car il les avait sauvé à maintes reprises. Cependant, il craignait tout de même un homme : Elekase. Lorsque celui-ci s’approcha, Michel changea immédiatement de comportement et laissa s’échapper les filles qui le désiraient. Quelques unes qui aimaient ce genre de personne restèrent près du barbare. Alexandre profita de l’attention qui était concentrée sur le nouvel arrivant pour parler à son maître. L’archange regarda son disciple avec un air un peu triste et lui expliqua que ses amis avaient péris au combat sous la lame d’un démon et qu’il comptait bientôt réclamer vengeance. Alexandre retint ses larmes et sortit de l’église. Il fixa les nombreuses gargouilles qui la protégeait. Il jura alors de faire tout son possible pour exterminer tous les démons quelque en soient les méthodes nécessaires. Il purifierait la terre de ces êtres perfides. Dans son dos Michel sourit de son plus beau sourire. Il venait de convaincre un guerrier qui le suivrait probablement dans sa guerre sainte et il n’apprendrait jamais la vérité sur le meurtre de son ami.

Léonia attendait depuis plusieurs minutes le retour de ses protégés. Le spectacle offert par la plaine ensanglantée la répugnait. Il est vrai qu’elle aimait le sang, mais elle refusait de tuer des innocents depuis que son père lui avait parlé de sa conception des choses. Elle fut soulagée lorsqu’elle aperçut Julien accompagné de Lucas. Pourtant le regard de ses disciples était triste. Elle comprit alors qu’elle pouvait leur faire entièrement confiance. Julien la regardait avec toujours autant d’admiration et d’insistance, elle en était presque gênée. Elle aurait préféré qu’il n’est aucun sentiment pour elle, car cela lui était interdit. Sa position ne lui donnait pas le droit d’aimer. Depuis toujours, elle avait accepté de faire ce sacrifice qui la privait de tout sentiment soit disant inutile envers une personne. Elle contempla attentivement le jeune homme à la chevelure blonde. Il ressemblait aux chevaliers que l’on voit dans tous les romans d’héroic fantasy. Il était grand, beau, blond et pur, tellement pur. Il y avait un tel contraste avec Lucas qui était si ténébreux et si mystérieux. Ces deux amis qui auraient tous deux pu être des mannequins avait dû faire chavirer de nombreux cœurs sur terre. Léonia s’avança vers eux et croisa Julien du regard. Elle s’adressa à eux sans pouvoir le quitter des yeux.
- J’ai à vous parler de quelque chose de très important, dit-elle d’une voix calme et mélancolique. Je ne suis pas la personne que vous croyez. La tristesse des traits de son visage contrastait avec son étincelante beauté. Julien dû se concentrer pour l’écouter.

A cette phrase, Lucas fut pris d’inquiétude, mais resta impassible. D’un naturel méfiant, il s’attendait souvent au pire pour ne pas être déçu.
- Mon père biologique, non vampirique est le fondateur de l’alliance qui unit tous les athés. Ce mouvement cherche à libérer l’humanité du joug de Dieu. Nous pensons en effet, que l’homme doit avoir le choix de croire ou non en une quelconque divinité sans compromettre son avenir dans l’au-delà. Je suis l’une des membres actives de ce groupement et je leur fournis des informations sur les démons. Aujourd’hui, vous avez assisté à la cruauté des anges et des démons qui veulent gouverner la terre. En réalité, même si nous n’en sommes pas sûrs, nous pensons que les deux camps sont contrôlés par une personne d’une puissance infinie qui joue avec nos vies : Dieu. Elle attendit quelques secondes pour montrer la gravité de ses paroles.
Lucas était complètement abasourdi, s’il avait su cela avant, il n’aurait jamais rejoint le camps des démons. Il aurait aimé se battre pour l’humanité. Il saisit le bras de Julien qui restait impassible buvant les paroles de sa maîtresse comme un élixir. Voyant la réaction de Lucas, la vampire s’empressa de continuer.

Je vous dis tout cela car je veux que vous me rejoignez. J’ai lu dans votre âme que vous avez bon fond. Vous disposez de pouvoirs conséquents bien supérieurs à la moyenne de ceux de notre race. Vous avez réussi à les développer très rapidement alors que d’autres prennent plusieurs dizaines d’années pour atteindre votre niveau. Il faut dire que vous êtes les premières personnes que j’ai étreinte depuis plus d’un siècle. Vous avez par conséquent bénéficié d’un sang puissant. Cependant, cela n’explique pas tout, vous étiez sans doute prédestiné à nous rejoindre dans les ténèbres. Dans un siècle, votre puissance sera immense et vous n’aurez plus rien à craindre de la plupart d’entre nous. Vous avez toujours rêvé de sauver l’humanité alors aidez moi et aidez les renégats, je vous en prie...
Léonia semblait très sincère et n’eut aucun mal à les convaincre qu’elle disait la vérité. Cependant, Lucas préférait réfléchir avant de lui donner sa réponse. Tout cela était si soudain. De plus, il n’avait pas envie de se battre face aux hordes puissamment armées d’anges et de démons. C’était suicidaire. Il repartit donc seul à l’appartement quittant l’île par l’anneau de téléportation qui menait vers le cimetière et non par celui menait à Notre Dame. Cela faisait deux jours qu’ils étaient partis et il n’avait plus qu’une envie.

Lucas décida de rentrer immédiatement à la maison. Le soleil brillait et une petite brise rafraîchissait l’air. Les gamins jouaient dehors pendant que de nombreux couples marchaient dans les rues piétonnes, admirant les somptueuses vitrines des magasins. Dijon était comme à son habitude, calme, paisible mais tout de même vivante comme une ville où il fait bon vivre. Combien de fois avait-il parcouru le centre ville, salué ses gens. Tout cela était tellement loin et futile maintenant. Les habitants n’avaient même pas conscience d’être manipulés. Il pensa alors à tout le chemin qu’il avait parcouru depuis sa mort. Aujourd’hui, il était craint des anges et respecté parmi les démons. Pourtant cela ne lui avait rien apporté. Il n’avait pas l’impression de sauver le monde et pensait même qu’il était lui aussi un jouet aux mains de puissances dépassant l’entendement. Qu’avait-il gagné dans cette vie ? Il se souvint alors du regard de Ludovic qui le voyait comme une idole et de l’amour que lui portait Sophie. Peut-être était-ce là son destin. Le nouvel enfant des ténèbres pouvait peut-être trouver la paix dans l’amour qu’il donnait aux autres et laisser libre court à ce sentiment. La pensée de ses protégés occultait presque l’effet des informations que leur avait fournit.

Léonia. Il avait une envie impatiente de la revoir, Sophie lui manquait désespérément. Il ne savait pas comment cela était arrivé, ni depuis combien de temps, mais il s’était attaché à la jeune femme. La douleur qu’il avait ressentit sur le champ de bataille en voyant tous ces morts lui avait fait prendre conscience d’une chose : L’éternité n’existait pas. La mort pouvait frapper même les mieux protégés. C’est pourquoi il avait décidé d’avouer ces sentiments à la jeune chercheuse. Il monta dans la BMW noire que Léo avait laissé aux alentours du cimetière prêt d’un arrêt de bus. Il s’installa confortablement et repensa à la chance qu’il avait de pouvoir se balader en plein jour. Seuls quelques vampires en étaient capables. Il regardait toutes les merveilleuses choses que le jour apportait. Il pourrait parcourir le monde et goûter aux joies de la vie aux cotés de Sophie. Il sentait son cœur léger et joyeux tout en approchant de la sortie de la rocade qui menait à la villa. Les automobilistes avaient tous la fenêtre ouverte et se laissait envahir par le bonheur que leur procurait la chaleur du soleil : C’était le bonheur presque parfait, loin de tout ce qui s’était passé récemment. Malheureusement, cette sensation de bien être s’arrêta soudainement lorsqu’il fut à proximité de la villa.

Il gara la voiture sur le côté en apercevant que la grande porte en chêne était entrouverte. Cela n’était pas dans les habitudes de chacun. De plus il ne voyait pas le gamin qui adorait lorsqu’il faisait beau se faire dorer au soleil. Il courut le plus vite possible et entra dans le hall où il vit Ludovic allongé sur le sol. Le jeune homme était assommé et les vases étaient brisés par terre, la pièce était chamboulée et tout était renversé sur les dalles de pierre qui parcouraient le hall d’entrée. Il y avait de nombreuses traces de lutte. Lucas prit dans ses bras le gamin et tenta de le réveiller avec précaution puis cédant à la panique, il le harcela de questions. Le garçon ouvrit difficilement les yeux et balbutia quelques mots incompréhensibles. Après avoir recouvert ses esprits, il indiqua à son maître que des démons s’étaient introduit dans la maison pour leur donner une leçon et leur apprendre qui étaient les véritables maîtres du côté des forces du mal. Ils l’avaient frappé et avait emmené Sophie au sous-sol avant qu’il ne s’évanouisse. Presque immédiatement, Lucas se dirigea vers les escaliers et sentit la présence de deux démons. Leur aura n’était pas si puissante mais leur force combinée devait être supérieure à la sienne. Tout en courant, il vit que les peintures murales étaient pleines de rayures. Cela fit accélérer Lucas qui craignait le pire. Son cœur d’être surnaturel battait plus vite que jamais. Il arriva en bas et ouvrit la cave sur un spectacle de désolation. Sophie était attachée contre le mur, dénudée et couverte de sang. Ses vêtements étaient en lambeaux par terre. En se rapprochant, Lucas remarqua que le dos de sa bien- aimée était lacéré de part et d’autre. Les démons avaient dû la fouetter jusqu’à ce qu’elle perde conscience. Qui sait ce qu’ils avaient bien pu lui faire d’autre. Derrière lui un être bougea dans l’ombre et il entendit un rire sardonique. Pourtant, il prit le temps de la détacher et la couvrit de sa veste. Elle respirait encore mais son souffle était altéré.

L’homme dans l’ombre prit la parole :
- Bonjour Lucas, je suis enchanté de faire ta connaissance. Je me nomme Faëris et voici Miltral. Nous sommes venu prêcher la bonne parole de notre maître Mael le prince démon.
Le vampire sentit son sang bouillir d’impatience. Tout son être réclamait le sang des intrus. Petit à petit, il perdait le contrôle de son corps. Il voulait que ses adversaires souffrent le plus possible. Cependant, il restait immobile. Faëris, irrité par le silence du jeune homme chercha à faire éclater sa colère pour qu’il perde enfin cette arrogante assurance.
- Dommage que tu viennes nous interrompre maintenant. J’allais justement passer au plus intéressant. Son corps est si parfait. J’espère qu’elle ne sera pas encore morte après notre combat, le poison est si puissant pour les mortelles et j’ai une terrible envie de baiser.

Les mots résonnèrent dans la tête du vampire qui éprouvait de plus en plus de mal à se contrôler. Lucas se retourna lentement, les yeux ivres de haine. Le jeune homme laissait place au vampire n’ayant plus que l’envie de tuer. Il sentit son cœur ralentir et s’apaiser. Ses crocs se révélèrent et il dirigea son esprit vers une arme qu’il rechignait d’habitude à employer. Sa lame d’argent que lui avait offert Léonia lorsqu’il avait prêter serment de servir les ténèbres. Cette épée ne devait jamais servir à tuer un démon. Quel ironie du sort, il allait combattre les siens avec une arme maudite. Une fumée noirâtre entoura sa main et les contours d’une épée commencèrent à se former. Ensuite, la fumée laissa place à une forme argenté, puis à Alduzar la maudite. Les deux ravisseurs se jetèrent sur lui. D’un geste ample et rapide au point d’être imperceptible, il esquiva tout en tranchant le bras de l’un des assaillants. Le pauvre démon hurla de douleur alors que son compagnon recula en direction de la sortie mais Lucas lui barrait la route.
FIN